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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


The Grandmaster : présentation d'une séquence

Publié par Phoebe sur 14 Septembre 2014, 10:30am

Catégories : #Chroniques cinématographiques

The Grandmaster : présentation d'une séquence

THE GRANDMASTER : PRESENTATION D’UNE SEQUENCE

ATTENTION : cet article dévoile tout ou partie du film.

Titre du film : « Yat doi jung si », littéralement « maître de la première génération ».

Réalisation & scénario : Wong Kar Wai

Genre : Action

Durée : 130 minutes

Pays : Hong Kong

Année de sortie en France : 2013

Synopsis : Adaptation de la biographie de Ip Man (1893-1972), maître chinois de Wing Chun (Boxe du Printemps chantant, vitalité sans fin), art martial traditionnel, originaire du Sud de la Chine, destiné au combat rapproché, incluant des techniques à main nues et le maniement d’armes, dont Bruce Lee était le disciple.

L’histoire se déroule en 1936, à Foshan, province du Guang Dong, en Chine du Sud. Bouleversé par l’invasion japonaise, le pays traverse alors une période de chaos, qui correspond pourtant à l’âge d’or des arts martiaux chinois.

Le récit conte la vie de Ip Man, né à Foshan, issu d’une famille riche car son père était commerçant à Hong Kong. Il mena une vie facile jusqu’à l’âge de 40 ans grâce à l’argent de la famille et n’avait qu’une passion. Devenu maître de Wing Chun, dans la Chine des années 1930-1940 jusqu’au début des années 50, il se résoudra à enseigner son art à Hong Kong.

L’incipit (ouverture) du film débute par les paroles de Maître Ip :

« Ne jamais se vanter de sa technique (ou de la réputation de son maître) ou de la perfection de son style. Le Kung Fu, c’est deux mots : Horizontal (Terre), Vertical (Ciel) ».

 

CHOIX DE LA SEQUENCE

La séquence débute à 21 mn 52 s et se termine à 33 mn 41 s. Le choix semble pertinent, car la séquence du film explique, montre et démontre au mieux, en quoi consistent certains arts martiaux.

Elle semble également intéressante car elle est constituée en partie d’images esthétisantes (arts martiaux) ainsi que d’un rythme, qui suit non seulement les mouvements des personnages, mais également les points de montage qui dissimulent ce même rythme, celui des arts martiaux et plus particulièrement, du Ba Gua Zhang, du Xing Yi et du Hung Gar.

 

 

WONG KAR WAI

Réalisateur, scénariste et producteur hong-kongais, né en 1956 à Shanghaï (Chine). Marqué par le cinéma classique hollywoodien, il travaille comme assistant de production pour la chaîne Hong Kong Television Broadcasts (HKTVB), où il devient scénariste à plein temps.

Puis, il quitte la chaîne pour travailler au département scénario de Cinema City, qu’il quitte par la suite, pour devenir indépendant. Sa première réalisation est un film policier intitulé « As Tears Go By » (1988). Son second film, « Nos Années sauvages », est un drame sorti en 1990, qui raconte une jeunesse sans but dans les années 1960 et lui permet de fixer son style. Le film est décrit comme la version hong-kongaise du film de Nicholas Ray, « La Fureur de Vivre » (VO : « Rebel Without a Cause », 1955, USA).

Wong Kar Wai crée sa propre compagnie de production, Jet Tone Films Ldt., ce qui lui permet de produire deux films : « Chunking Express » (1994) et « Les Anges déchus ».

« Les Cendres du Temps » (1994) permet au cinéaste de faire une approche du « Wu Xia Pian », littéralement « film de héros martial », genre cinématographique spécifiquement chinois qui s’apparente au genre littéraire du Wuxia (« héros-guerrier », « chevalier martial »), genre contant des aventures fictionnelles qui se déroulent généralement dans la Chine ancienne.

« Wu Xia Pian » est une expression généralement traduite en français par « film de chevalier errant » ou « film de sabre chinois ». L’histoire est adaptée d’un célèbre roman de Jin Yong.

Grâce à son film « Happy Together » (1997), le cinéaste reçoit le Prix du meilleur réalisateur au Festival de Cannes 1997. En 2000, Wong Kar Wai réalise « In The Mood For Love », film où il recrée le Hong-Kong des années 60.

« The Grandmaster » sort 2013 et le film est présenté en ouverture du 63ème Festival de Berlin et nommé aux Oscars 2014, pour représenter Hong-Kong dans la catégorie, meilleur film en langue étrangère (mandarin).

Avant de débuter toute analyse, je pense qu’il serait plus judicieux de commencer par une brève histoire du Kung Fu. Car au-delà d’un sport de combat, le Kung Fu est avant tout un art, une technique, que peu d’Occidentaux comprennent, car cela va justement au-delà d’une pratique. Il existe également une théorie, dont on retrouve les idées et les pensées au sein de courants philosophiques, artistiques, politiques et religieux, tels que le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme chan (zen).

 

Histoire du Kung Fu

Le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme Chan constituent les trois philosophies du Kung Fu (Cf. Articles sur Blog de Phoebe : Les Trois sagesses chinoises).

Dans le taoïsme, on retrouve des notions de non vouloir, d’harmonie avec l’univers et de recherche de l’immortalité. Le confucianisme, quant à lui, prône le respect de l’ordre social, qui est lui-même le reflet de l’ordre cosmique. Pour finir, le bouddhisme Chan sert à éteindre les passions ainsi que la ronde infernale des renaissances.

C’est dans la tombe de la dynastie Qin, datée du 3ème siècle avant J.C., que l’on a retrouvé la trace de représentation de la lutte chinoise, qui se trouve être l’ancêtre de toutes les boxes de l’empire du Milieu. Les dynasties suivantes ont élaboré et amélioré les techniques que l’on connaît aujourd’hui.

Il existe les styles internes, tels que le Ba Gua Zhang ou le Xing Yi Quan, et des styles externes, tels que le Tang Lang Quan (la mante religieuse) ou le Luohan Quan (boxe des disciples de Bouddha).

On distingue également les styles du Nord et ceux du Sud. Ceux du Nord (Yingzhao, boxe des serres d’aigle) ont une prédilection pour les techniques de jambes et ceux du Sud (Hong Gar, Choy Lee Fut), utilisent les membres supérieurs.

Le père légendaire du Kung Fu est un moine originaire d’Inde nommé Bodidharma qui quitta son pays natal vers le 6ème siècle après J.C., pour diffuser la connaissance du Bouddhisme « Chan ». Cette légende raconte que ce moine s’installa dans une grotte et médita pendant neuf ans. Il mit au point des techniques de défense (Cf. Article sur Blog de Phoebe : Les trois sagesses chinoises, le bouddhisme ; les grandes figures du panthéon chinois).

 

Situation de  l’extrait dans le film

En 1936, Foshan était une ville prospère, une ville tranquille où les hommes se côtoyaient dans des maisons de plaisir, car c’était l’usage dans le Sud. La Maison de la République était la plus belle et la plus somptueuse de ces maisons que les gens appelaient le Pavillon d’Or. Les maîtres d’arts martiaux s’y réunissaient, de grands maîtres qui préféraient rester dans l’ombre. Pour certains, c’était un simple lieu de détente, mais pour les maîtres, cette maison constituait une arène.

Maître Gong, digne représentant de l’Ordre des arts Martiaux du Nord, respecté, craint et jusque-là invaincu, a accompli trois grandes tâches dans sa vie :

  • l’union des styles Xing Yi et Ba Gua Zhang,
  • la direction du Ton Bei, Ordre des Arts martiaux du Nord : le Pao Chui, le Taï Chi, le Yan Qing,
  • et l’invitation des maîtres du Nord à venir dans le Sud.

 

Maintenant qu’il a vieilli, Maître Gong souhaite un successeur digne de lui et organise, dans le Nord, une cérémonie pour son départ. Pour représenter le Nord, le vieux maître a choisi son meilleur disciple, Ma San. Il aurait aimé faire découvrir l’art du sud au Nord, mais n’en ayant plus le temps, il décide d’organiser un combat de démonstration avec un maître du Sud, qui déterminera l’Ordre des Arts Martiaux du Sud s’il gagne le duel.

Ip Man est désigné pour affronter Maître Gong, représentant l’Ordre du Nord. Ayant déjà désigné un successeur pour l’Ordre du Sud (Ma San), Maître Gong sait que Ip Man est doué et souhaite donc voir ses compétences mises à l’œuvre.

Ma San est contre cette décision et se considère déjà comme étant le digne successeur des Arts Martiaux. Ma San est un personnage prétentieux et impétueux, qui a soif de gloire et qui manque de discrétion. Le vieux maître lui ordonne de quitter Foshan.

La fille de Maître Gong refuse que son père affronte un maître du Sud car elle craint pour sa réputation. Honneur, respect et traditions sont des valeurs chinoises très fortes et très importantes. Plus tard, le vieux cuisinier, ami du maître, lui conseille de ne pas ternir sa réputation en affrontant un adversaire plus jeune. Mais la gloire importe peu pour le vieux maître qui souhaite néanmoins ouvrir de nouvelles voies.

Pour Maître Gong, « vaincre n’est pas l’essentiel. Au-delà de l’horizon, la terre est plus vaste qu’on ne peut l’imaginer. Ne pas voir chez autrui ce qu’il peut nous enseigner, c’est faire preuve d’étroitesse d’esprit et c’est manquer de générosité ».

Selon sa fille, les Alliés du Nord sont opposés à ce combat. Mais pour le maître, les Anciens doivent apporter leur aide aux plus jeunes. Sa fille, ne souhaitant que la victoire, tient à l’honneur de la famille Gong, une famille invaincue jusqu’à présent.

Pour Maître Gong, un cycle s’achève, c’est pourquoi il a fait venir sa fille dans le Sud, afin de lui montrer dans quelles circonstances il compte quitter la charge qui lui incombait jusqu’à présent. C’est d’ailleurs la dernière fois qu’elle verra son père combattre, elle qui va bientôt se marier. Par ailleurs, comme elle n’a pas sa place au sein des arts martiaux, son père lui conseille par conséquent d’être un bon médecin en menant une vie paisible, car c’est son souhait le plus cher.

 

Extrait choisi 

Maître Ip est accueilli chaleureusement au Pavillon d’Or pour affronter Maître Gong. Avant le duel fatidique, Ip Man va rencontrer le vieux comptable du Pavillon d’Or, qui pratique le Xing Yi, Yong, adepte du Hong Gar et Sœur San, qui dirige la troupe d’opéra et pratique le Ba Gua Zhang. Cette dernière souhaite lui prodiguer quelques conseils sur cet art martial sournois et conseille à Ip Man d’être prudent.

Cette dernière séquence constitue l’extrait choisi en vue d’une analyse cinématographique.

PROBLEMATIQUE

Comment le réalisateur a réussi à revisiter les principes du Kung Fu chinois grâce aux images et au récit ?

 

A SUIVRE : « The Grandmaster » : analyse cinématographique

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