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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


IP MAN, LA LÉGENDE EST NÉE : ANALYSE CINÉMATOGRAPHIQUE

Publié par Phoebe sur 5 Janvier 2016, 07:15am

Catégories : #Chroniques cinématographiques

IP MAN, LA LÉGENDE EST NÉE : ANALYSE CINÉMATOGRAPHIQUE

NB : attention cet article dévoile tout ou partie du récit

Problématique : A l'image de « The Grandmaster » de Wong Kar-wai, comment le réalisateur de « Ip Man, la légende est née » décline le Wing Chun et s'applique à filmer le style d'une manière esthétique et historique ?

 

Le personnage de Yip Man dans le film

Yip Man est présenté comme un personnage qui a toujours été passionné par les arts martiaux et qui y a consacré la majeure partie de sa vie, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à sa mort. Le personnage est présenté comme une personne intelligente et curieuse, qui a confiance en elle, disciplinée, respectueuse, ingénieuse et luttant contre l'injustice.

Yip Man intègre l'école de Maître Chan Wha-shun et prend cet art martial pour « un truc de fille ». Son père le réprimande et lui recommande d'être un peu plus attentionné, car c'est le Maître Ng Mui qui a créé le style Wing Chun (évocation du mythe sur la création du Wing Chun), où le principe réside dans le contrôle de la force.

 

L'école de Maître Chan Wha-shun

Les valeurs de l'école de Maître Chan Wha-shun, maître respecté, sont simples : loyauté en respectant les règles, car l'apprentissage du Kung-Fu, le grand art martial, est juste et objectif.

Durant l'entraînement, le Maître enseigne les principes du Wing Chun. Tous les mouvements de la main sont dirigés par l'esprit. Si l'intention est juste, on est sur la bonne Voie.

 

Analyse de quelques séquences de combat

1. Combat entre Maître Chan Wha-shun et son disciple Ng Chung-sok (de 4'57" à 6'29")

Le Maître et son disciple se bandent tous deux les yeux afin de démontrer que le Wing Chun, n'est pas simplement une simple technique de combat. Ce style requiert également de l'intuition et du ressenti (il faut ressentir le « chi », en chinois ou encore appellé le « ki » en japonais).

Ainsi, il est nécessaire de garder un maximum le contact avec l'adversaire afin d'anticiper ses attaques. A la fin du combat, Maître Chan Wha-shun s'adresse à tous les élèves qui ont assisté à la démonstration :

« Ne l'oubliez pas, c'est l'esprit noble qui commande les gestes authentiques, vous procure stabilité lors du combat. L'essence du Wing Chun est de suivre l'ombre de l'adversaire et non sa main. Concentrez-vous sur ce que vous sentez et non sur ce que vous voyez ».

 

De nombreux gros plans, plans rapprochés taille et poitrine, agrémentés de plans d'ensemble et de caméra en plongée totale, permettent de démontrer le principe du style, tout en étant au plus proche du combat entre le maître et le disciple. Le détail des plans permet de comprendre le principe de base de « la boxe du printemps radieux », tout en prenant conscience de l'esprit, autrement appelé le « chi ». L'énergie ainsi décuplée permet également d'acquérir une grande puissance.

 

2. Combat à la fête foraine (de 15'55" à 18'15"")

Dans cette séquence, on y démontre l'efficacité du Wing Chun. Mais plus qu'une démonstration, on y raconte également son histoire. Certains arts martiaux étaient interdits durant le règne de la dynastie Qing. Afin que ces arts puissent perdurer, mais également, puissent constituer un moyen de défense contre l'oppresseur, ils étaient pratiqués sous la forme de représentations scéniques, mais ne constituaient qu'un art de foire pour certains pratiquants, art qui n'avait rien à voir avec les authentiques arts martiaux (cf. Opéra de la Jonque Rouge).

 

Pour illustrer l'histoire inhérente au Wing Chun et à celle de la Chine, le combat se déroule sur la scène. Combat que l'on peut considérer comme un spectacle et non des moindres, s'exposant aux yeux des spectateurs. D'ailleurs, à l'issue du combat, ces derniers balancent des cris de joie et applaudissent.

 

3. Combat avec Maître Leung Bik dans la pharmacie (de 29'23" à 31'55")

Leung Bik évoque de nouveau le Maître Ng Mui quand Yip Man parle de l'authentique Wing Chun. C'est dire que la légende est coriace même dans l'imaginaire collectif chinois. Puis, Leung Bik pose plusieurs questions à Yip Man sur la pratique du Wing Chun : renforcement des triceps, pratique du doigt ciblé, etc. Il lui avoue pratiquer cet art martial d'une façon différente de lui et propose une petite démonstration, mais Yip Man refuse de peur de blesser le vieil homme.

 

Leung Bik : Quand tu pratiques avec un adversaire, tu dois mesurer la force appliquée. Et le maître le prouve en utilisant la force de Yip Man contre lui. « Tout ce qui émane de mon poing est du Wing Chun », dit-il.

Yip Man pense que ce que pratique Leung Bik n'est pas du Wing Chun, car son maître lui a appris que les gestes stratégiques du Wing Chun viennent à deux tiers des mains et un tiers des jambes. Leung Bik pense que le maître de Yip Man n'a pas tort. Le style traditionnel se concentre sur l'usage des mains. Leung Bik pense que l'on peut changer cette règle et qu'il faut savoir être flexible, adapter les prises à la réalité. Les mouvements peuvent se décliner sous bien des formes mais ceux des jambes également.

C'est alors que Yip Man apprend que Leung Bik est un maître de Wing Chun, fils de Leung Jan, lui-même maître de Chan Wha-shun, propre maître de Yip Man. Et c'est ainsi que Leung Bik propose à Yip Man de l'entraîner.

 

Dans cette séquence, il est question non seulement de découvrir qu'il existe plusieurs styles de Wing Chun et de retracer la lignée martiale de cet art : Ng Mui, Leung Jan, Chan Wha-shun puis Yip Man qui eut plusieurs maîtres : Leung Bik, Chan Wha-shun et Ng Chung-sok.

En outre, c'est également une belle démonstration de l'efficacité du Wing Chun : la jeunesse face à la vieillesse, qui se réfère directement à la légende qui dit que le Wing Chun aurait été créé par la nonne Ng Mui (voir l'histoire du Wing Chun) pour les personnes de faible constitution.

Néanmoins, bien qu'elle se déroule dans un espace clos, cette séquence, qui se trouve dans l'ici et maintenant, est très rythmée, grâce au montage de nombreux plans rapprochés et gros plans, diffusant une dynamique, et conférant à l'espace une démultiplication qui permet de visualiser (il faut avoir l'oeil !) les prises du style de maître Leung Bik, prises qui apparaissent différentes du style traditionnel.

D'autre part, elle apporte encore une fois, la preuve que cet art martial n'est pas à prendre à la légère et peut générer de graves dégâts, qu'ils soient matériel ou humain.

 

4. Séquence d'entraînement avec le Maître Leung Bik (de 34'59" à 35'52")

Cette séquence est assez intéressante du point de vue de la pratique elle-même. Au cours des premières séquences, on y découvre le style traditionnel. Ici, il est question de raconter les divergences du style.

 

« La version améliorée du Wing Chun réside dans le bon usage du poing à distance, près du coude, en combat rapproché, qui comprend les mouvements longs et courts. Dans le Wing Chun, la lutte repose sur le principe du revers, pas besoin de tenir l'adversaire. Le Maître de Yip Man (Chan Wha-shun) s'était concentré sur l'étirement long et les coups bas. La version améliorée du Wing Chun selon Leung Bik comprend l'étirement court et les coups hauts. C'est ainsi que le Wing Chun ne doit plus être décrite comme authentique ou non authentique. Pour Leung Bik, le Wing Chun était une grande famille. Il n'y a donc pas de différence entre Yip Man ou Leung Bik ».

 

5. Combat avec le Maître de l'école : le respect de la tradition (de 39'58" à 42'16")

Les débats vont bon train y compris dans la pratique des arts martiaux. Cette séquence commente l'importance du respect de la tradition afin de conserver la pureté du style.

Quel Wing Chun est le plus authentique ? Et cela ne semble pas être de simples discussions de cour de récréation, cette pratique fait partie d'une tradition chinoise et il est donc très important d'en transmettre les gestes vrais et authentiques.

Le Maître Ng Chung-sok est assez réfractaire à la version améliorée du Wing Chun de Leung Bik. Pour lui, il n'existe qu'une version du style, celui du Maître Chan Wha-shun. Mais les deux Maîtres, que se soient Chan Wha-shun ou Leung Bik, viennent de la même école.

Par comparaison, c'est un comme si deux théories mathématiques ou philosophiques s'affrontaient, comme si deux enseignements se confrontaient. Il faut donc que Yip Man apporte la preuve de l'efficacité du style de Leung Bik. Mais selon Maître Ng Chung-sok, qui par ailleurs pense que Leung Bik est vaniteux et a généré des tensions au sein de sa famille par sa divergence d'opinion (ce qui prouve que les arts martiaux sont également un affaire de famille), les mouvements de ce dernier ne représentent pas celui de son père, Leung Jan, car pour lui, cela ne constitue que des inventions puériles.

Même si Yip Man trouve que Leung Bik est un peu excentrique, il se pose tout de même la question de faire évoluer le style en améliorant les techniques de l'école. Pour le maître, qui se montre sévère, avant d'en savoir plus sur d'autres techniques, il faut savoir complètement maîtriser les bases du Wing Chun. Ce dernier veut donc la preuve que les mouvements de Leung Bik (qu'il considère être des perversions !) peuvent être efficaces face au style traditionnel. Très en colère, Maître Ng Chung-sok pousse Yip Man à lui montrer ce qu'il a appris auprès de Leung Bik.

 

Cette séquence est assez violente et montre qu'il est, non seulement difficile de se confronter à la théorie d'un maître, mais qu'il faut savoir également garder tout le respect envers lui. A l'issue du combat, Yip Man se fait battre par son maître, mais on ressent plutôt comme le refus de sa part, d'utiliser cette autre technique plutôt que de vouloir avoir raison à tout prix. Le Maître ne reconnaît pas le style authentique et demande à Yip Man, en guise de punition, de se repentir à la mémoire du Maître Chan Wha-shun. Par ailleurs, cette historie troublera grandement Maître Ng Chung-sok qui ira se recueillir sur la tombe du grand maître car le doute l'envahi.

 

Conclusion : de l'importance des techniques martiales en Chine

Concernant l'esthétique, si l'on prête réellement attention aux différentes séquences décrites ci-dessus, on pourra remarquer qu'elles ne sont pas filmées n'importe comment. Dans le film, on parle du Wing Chun et par conséquent, plus que de montrer aux spectateurs de simples séquences de combat, il est également question de montrer en quoi consiste le style.

Grâce à de nombreux plans rapprochés, voire même des gros plans ainsi qu'un découpage technique minutieux, agrémentés de plans au ralenti et de prises de vues en plongée totale, n'hésitant pas à mettre en avant les différentes prises du Wing Chun, le spectateur a l'avantage de pouvoir apprécier la beauté du style.

Même si les plans sont rapides, l'ensemble diffuse une homogénéité non seulement du plan, mais également de la séquence, et donc, donne ainsi une vue d'ensemble qui nous plonge au coeur du combat.

Toutes ces séquences montrent et apportent la preuve de l'importance des arts martiaux en Chine. En effet, plus qu'une pratique sportive ou un style de combat, ce sont surtout des enseignements et des méthodes transmises de maîtres à disciples, qui requièrent maîtrise de soi, discernement entre le bien et le mal ainsi que de nombreuses vertus telles que l'humanité et la bienveillance, le courage et la volonté, la discipline et la loyauté ainsi que le respect de la tradition. Cela montre l'importance de la pratique ainsi que l'attachement des arts martiaux à l'histoire de la Chine, car il est souvent question de lignées martiales.

Les arts martiaux se sont également développés au sein des foires et des cirques, surtout du temps des différentes invasions, qu'elles aient été mongoles, mandchoues ou japonaises. Plus que des représentations, ces arts, qui étaient très convoités par les différents envahisseurs, constituaient une sorte de parade, un genre de leurre où les pratiquants exhibaient leurs talents, tout en gardant en tête qu'il fallait savoir se défendre face à l'ennemi.

 

Références :

Lien Ip Man, la légende : https://www.youtube.com/watch?v=3x7JrbR7Tuk

 

Techniques du Wing Chun :

Techniques du wing chun 1 : https://www.youtube.com/watch?v=7ic3Y9Jh3VE

Techniques du wing chun 2 : https://www.youtube.com/watch?v=n-crGQ3NWNs

Techniques du wing chun 3 : https://www.youtube.com/watch?v=nW7sOO82fk8

Techniques du wing chun 4 : https://www.youtube.com/watch?v=vnKm1vDAJo4

Techniques du wing chun 5 : https://www.youtube.com/watch?v=I6Vjn8QeEtA

Techniques du wing chun 6 : https://www.youtube.com/watch?v=-0QOjzAsUDg

 

Sources :

http://wing-chun.fr/2012/12/histoire-plus-complete-du-wing-chun-1/ http://www.yimwingchun.com/le-wing-chun/histoire-du-wing-chun/yip-man/ http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_wing_chun http://fr.wikipedia.org/wiki/Wing_chun

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