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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Contes & Récits des Arts Martiaux de Chine et du Japon # 3

Publié par Phoebe sur 7 Août 2012, 18:40pm

Catégories : #Chroniques martiales

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Les Bujutsu armés (suite)

Dans le théâtre Nô, l’acteur utilise un éventail appelé « tessen » en japonais. Le tessen symbolise le sabre et à travers une gestuelle très particulière et très codée, rappelant la pantomime, le Maître du Nô évolue à travers l’espace scénique, tel un guerrier évoluant sur le champ de bataille.

A l’origine, le tessen est une arme blanche nippone en forme d’éventail, appelée « gunbai », littéralement « éventail de guerre », servant à frapper et à parer l’adversaire. Constitué de pales ou nervures d’acier ou de fer, reliées entre elles et dépliables, le tessen, s’il était affûté pouvait constituer une arme tranchante mais non mortelle à moins de viser la gorge.

 

Tessen

 

Considérée comme une arme discrète, facile à dissimuler, elle était essentiellement portée par les hommes nobles, les commandants, les samouraïs, qui se devaient de ne pas porter leurs sabres dans certains lieux où les armes étaient prohibées. Le tessen était également porté par les femmes, qu’elles pouvaient dissimuler dans leur obi (ceinture). Le gunbai est une arme de protection et de défense, généralement utilisée dans les espaces clos et restreints.

Le Tessen-Jutsu est un Art Martial qui était considéré par les samouraïs de haut rang comme un art sophistiqué, basé sur l’autodéfense, il met en avant des techniques de frappe, de parade et de clefs.

 

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Le Kyu-Jutsu : le tir à l’arc

Avec le développement des armes à feu, l’arc devint une arme obsolète qui disparut des champs de bataille. Le Kyudo, l’arc du tir à l’arc gagna en pureté, car sa pratique est très axée sur le développement spirituel

Le tir à l’arc est considéré tel un art rituel et quotidien, exécuté par les moines des temples.


« Le Kyu-Jutsu est considéré par les Japonais comme l’un des plus grands symboles religieux car « d’une extrémité de son arc, l’archer perce le Ciel, de l’autre la Terre, et la corde tendue entre les deux, lance la flèche au cœur de la cible visible et invisible ».


« Le tireur n’a plus que lui-même à combattre pour atteindre la cible ».

 

La cible invisible

Dans le livre d’Herrigel, « Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc », Maître Kenzo Awa expliquait à son disciple que la pratique du tir consistait à laisser partir la flèche sans intention de réussir, c'est-à-dire, de tirer sans viser.

Alors Herrigel, qui fut son disciple durant de nombreuses années, lui répliqua qu’il devait être capable de tirer les yeux bandés.

Le Maître convia dans un premier temps, son élève au « chanoyu », cérémonie du thé, qu’il exécuta lui-même. Le vieil homme prépara soigneusement le thé et le servit avec une infinie délicatesse. Durant la cérémonie, les deux hommes gardèrent le silence « pour goûter la saveur de cet harmonieux rituel, un instant d’éternité comme disent les Japonais ».

Puis le Maître se plaça en face du hall non éclairé qui abritait les cibles situées à 60 mètres, dont on avait peine à en distinguer les contours tant il faisait sombre. Le vieil archer se tenait prêt pour la cérémonie du tir à l’arc. Après avoir exprimé un salut en direction de la cible invisible, « le Maître se déplaça comme s’il glissait sur le plancher. Ses mouvements s’écoulaient avec la lenteur et la fluidité d’une fumée qui tourbillonne doucement dans le vent ».

Le Maître tendit sereinement son arc et décocha sa flèche qui partit brusquement, s’enfonçant dans l’obscurité, ressentant la trajectoire, « comme si le tir continuait dans un autre espace temps ». Il décocha ensuite une seconde flèche qui fut également avalée par les ténèbres.

L’élève alluma les lumières du hall, impatient de constater le résultat des tirs effectués par le Maître.

La première flèche était plantée au cœur de la cible, la seconde se trouvait juste à côté, légèrement déviée par la position de la première.

Le disciple félicita son maître pour l’exploit qu’il avait accompli mais Maître Awa lui répliqua :

« Le mérite ne me revient pas. Ceci est arrivé car j’ai laissé « quelque chose » agir en moi. C’est ce « quelque chose » qui a permis que les flèches se servent de l’arc pour s’unir à la cible ».

 

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Le Naginata-Jutsu : la faux de guerre

Les « Yama-Bushi » étaient des moines guerriers qui utilisaient la technique de la faux de guerre, le Naginata-Jutsu. Tout comme les Templiers occidentaux, les Yama-Bushi étaient des moines bouddhistes organisés militairement, qui résidaient sur les versants du Mont Hieï. Ils étaient chargés de protéger les sanctuaires contre les bandits. Ces moines étaient de redoutables combattants et leurs monastères devinrent des hauts lieux où l’on pratiquait les Arts Martiaux qui étaient réputés à travers tout le Japon. Ainsi, de nombreux samouraïs venaient pour s’y instruire et y perfectionner leur art.

Le naginata devint une arme très prisée par les samouraïs et de nombreuses histoires relatent l’efficacité de cette arme, qui conserva une place de choix au sein des demeures aristocratiques, où elle était utilisée par les femmes pour défendre leur demeure.

Le Naginata-Jutsu reste le premier art martial féminin pratiqué au Japon.


 

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Le Bo-Jutsu

A partir du 16ème siècle, les armes de guerre furent interdites au peuple et aux moines, afin de mettre en avant la classe guerrière aristocratique. Mais la tradition martiale resta tenace à cause de l’instabilité politique de l’époque.

Ainsi, paysans et artisans transformèrent leurs outils en armes redoutables. Par exemple, le fléau pour battre le riz devint le nunchaku, le kusari-gama est un kama, une faucille de guerre.

Outre le sabre, le Bo-Jutsu, l’art de manier le bâton, est l’art martial le plus pratiqué par l’ensemble du peuple nippon, car il reste un objet simple et d’usage courant.

En effet, entre les mains d’un Maître, le bo devient une arme terrible, dangereuse et surtout efficace.

Matsuo Bashô (1644-1694), un des plus célèbres poètes Zen japonais, considéré comme l’un des quatre Maîtres d’haïku nippon, a vécu au début de l’époque Edo. Il maniait aussi bien le verbe que le bo.


Le redoutable secret du petit bonze

En 1650, un bonze chinois nommé Chen Yuan Pin s’installa dans la région d’Edo (actuellement Tokyo). Il enseignait la calligraphie ainsi que la poésie. Il vivait seul et n’était visible qu’au moment où il dispensait ses enseignements.


« Discret comme un chat, tranquille comme la surface d’un étang, le vieux moine paraissait frêle et fragile, telle une lampe de jade ».


Excellant dans son art, " ses poèmes fleurissaient sur sa bouche comme des fleurs de lotus et le pinceau dansait entre ses doigts agiles ", donnant naissance à l’harmonie.

Apprécié par le Shogun qui avait eut vent de ses talents, Chen Yuan Pin enseignait son art aux jeunes nobles de la Cour, mais refusait de s’y installer, préférant le silence aux tumultes du palais.

Quand il se rendait au palais, le vieux moine était souvent méprisé par les samouraïs qu’ils croisaient. Ces derniers accusaient le protégé du Shogun de ramollir l’esprit des jeunes nobles destinés aux métiers d’armes, prétextant que l’on ne pouvait gagner un combat avec un pinceau et des poèmes.

« Discret comme le chat, tranquille comme la surface d’un étang, fragile comme une lampe de jade », Chen Yuan Pin poursuivait son chemin, le visage imperturbable.

Un soir qu’il était resté tard pour enseigner, le vieux moine regagna son temple de Kokushoji, éloigné de la ville. Il fut escorté par trois gardes afin d’assurer sa sécurité.

Lorsque des brigands surprirent et encerclèrent le petit bonze et son escorte, les samouraïs combattirent avec courage mais se retrouvèrent désarmés et prêts à mourir.

Rapide comme l’éclair, souples comme un roseau, insaisissables comme le vent, Chen Yuan Pin attaqua les bandits d’une façon surprenante et inattendue, tel un Kami des vents. Les attaques du vieux moine eurent raison des quatre brigands, faisant fuir le reste de la meute.

Les trois samouraïs témoignèrent leur admiration envers le moine et lui demandèrent quel était le fascinant secret de sa force.

Mais Chen Yuan Pin continua son chemin jusqu’au temple, « discret comme un chat, tranquille comme la surface d’un étang, fragile comme une lampe de jade ».

Désirant découvrir le secret du vieux moine, les trois samouraïs réitérèrent leur requête auprès de Chen Yuan Pin, car ils souhaitaient devenir leur serviteur. Le vieux bonze les accepta comme disciples et les initia durant plusieurs années au Wu-Shu, l’Art parfait, qu’il avait appris quand il demeurait dans l’Empire du Milieu.

Après des années d’entraînements intenses, les élèves quittèrent le Maître. Ce dernier leur recommanda de transmettre leur art en se souvenant de ne l’enseigner qu’à ceux qui étaient prêts à suivre la Voie du Cœur.

Puis, Chen Yuan Pin se retira dans son temple, « discret comme un chat, tranquille comme l’eau d’un étang, paraissant sous le poids des années, encore plus fragile qu’une lampe de jade, mais le visage rayonnant d’un paisible sourire ».

 

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A SUIVRE : les Bujutsu à main nues, le ki, le liaï et le kime

 

Sources :

Contes & Récits des Arts Martiaux de Chine et du Japon - Pascal Faulot, préface de Michel Random

Cf. Le Zen dans l’arc chevaleresque du tir à l’arc par E. Herrigel

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Chroniques littéraires : L’illumination créatrice par Akutagawa Ryûnosuke

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