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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


DJ Story # 2

Publié par Phoebe sur 23 Juin 2011, 14:28pm

Catégories : #Chroniques musicales

DISSIDENCE ET INTEGRATION : LE DJ NOIR

 

Dans les années 30, il n’existait pas réellement de radio noire, mais quelques animateurs n’hésitaient pas à en utiliser l’argot. Dans les années 20, les premières émissions à diffuser de  la « race music » étaient racistes par conception et étaient utilisées à des fins commerciales.

 

Dans les années 40, la musique pop était un mélange de plusieurs musiques noires : la puissance émotive (drive) du Gospel, l’impulsion dynamique des big bands du Swing, le rythme de Boogie-Woogie, le balancement (shuffle) et la mélancolie du Blues. Les disques d’artistes noirs étant rares, le Rhythm n’ Blues n’existait que sous une forme « live » et était joué dans le ghetto pour ses habitants.

La population noire avait acquis un crédit aux yeux de la société tout entière, par leur patriotisme durant la Seconde Guerre mondiale, qui se traduisit par un essor économique et culturel.

 

A New-York et à Los Angeles, quelques labels noirs, autrement appelés « race labels », font leur apparition et produisaient uniquement de la musique noire. Grâce aux disques distribués hors du ghetto, le Rn’B se fit connaître auprès d’un public jeune et blanc, musique qu’ils considéreront sur le tard comme cool et excitante.

 

Le DJ Alan Freed se découvrit une passion pour ce style musical qu’il n’hésita pas à diffuser sous le nom de Rockn’Roll, première musique pop authentique.

Selon Arnold Shaw, musicologue blanc, la musique pop américaine n’est ni blanche ni noire. Elle résulterait plutôt d’une fusion réussie d’échanges spontanés. Nelson George, théoricien noir de la pop, décrit l’histoire de la musique pop comme une constante exploitation et déformation de la culture noire. Pour lui, le Rn’B est mort lorsqu’il a quitté le ghetto. Nelson George précise que la culture noire a été vidée de sa substance après la Seconde Guerre mondiale et porte son étude sur la radio noire qui incarne un des éléments les plus déterminants « pour la formation du goût et des opinions des Noirs.

 

Durant les années 1940, il existait quelques stations diffusant des programmes « noirs ». De Los Angeles à Memphis, en passant par La Nouvelle-Orléans, Miami et Nashville, les stations de radio noires diffusaient du Rn’B, du Blues et du Jazz, tout en soutenant les labels en plein développement.

 

En 1948, on estime à 10% la proportion de la population noire d’Amérique qui écoutait WDIA, première station de radio 100% noire. Plus qu’une voix, cette radio représentait aussi une force politique dans les années 1950 où régnait la ségrégation. La programmation de cette radio, qui eut un certain succès, avait favorisé la naissance et le développement d’une identité noire positive, à une époque où l’Amérique ne leur en laissait pas la possibilité.

  

Grâce à l’affluence de nouvelles radios noires, de nombreux DJ’s noirs qui y officiaient, s’avéraient être tout aussi passionnants que les artistes qu’ils présentaient. Les DJ’s blancs qui travaillaient pour les stations de radio noires étaient des « hipsters », fascinés par la musique et le mode de vie de Noirs et ils subissaient également comme ses homologues une discrimination. Qu’ils soient Noirs ou Blancs, ces DJ’s étaient connus pour animer leurs émissions d’une façon originale en employant un langage qui leur était propre et qui deviendra par la suite une forme artistique autonome dans le Hip-Hop, constituant les origines du Rap.

  

Berry Gordy, fondateur du label Motown, définit le DJ de radio noir comme « le tout premier rappeur » à une époque où le Rap n’était encore que le baratin qu’on utilisait pour draguer une femme. Ces distorsions linguistiques étaient un savant mélange de scat, qui insère la voix dans la musique comme si c’était un instrument, et des textes exagérés et extravagants de « jive ». Le DJ Daddy-O-Daylie était un génie en matière d’argot « hip » (secret). Il s’évertuait à expérimenter des styles linguistiques formés de lapsus, de sous-entendus et de néologismes, qu’il considérait comme faisant partie intégrante de son travail consistant à présenter la musique noire d’une manière adéquate. Il mettait en valeur la musique grâce à l’utilisation d’un langage spécifique qui lui permettait de capter l’attention de l’auditeur.


« L’art verbal des Noirs, une poésie du quotidien jusqu’alors confinée au ghetto, fut rendue accessible même aux auditeurs blancs, et avant tout aux DJ’s de radios blancs, qui n’ont eu de cesse d’imiter ce langage authentiquement « hip ».


En décembre 1947, seuls seize DJ’s étaient noirs sur la totalité des trois cents DJ’s qui officiaient sur les radios américaines. La tendance s’inversa quand on s’aperçut que les DJ’s noirs garantissaient un cadre idéal pour les publicitaires. Pour le coup, les DJ’s noirs étaient devenus des « héros de la race », grâce à leur position prestigieuse leur permettant par la même occasion de véhiculer certaines idées et valeurs par le biais de leur micro.

Dans les années 50, le DJ new-yorkais Douglas Jocko Henderson, surnommé « l’as de l’espace » utilisait un langage particulier, le « double talk » (double langage), pour animer son émission de radio « 1280 Rocket », durant laquelle il manipulait avec brio un langage verbal débridé et spontané qui se rapprochait des improvisations de Free Jazz.


« La pensée se fait dans la bouche ». Tristan Tzara, Manifeste dada


Grâce à un mélange de langage familier et de néologisme linguistique, Jocko laissait sa bouche penser en toute liberté à travers des vers comportant une certaine beauté insolite. L’influence de ce langage sera grande car on le retrouvera dans l’argot new-yorkais, ainsi que sur plusieurs disques de ska jamaïcain et jouera un rôle déterminant dans le rythme et la force des « lyrics » (textes) Hip-Hop de la fin des années 70.

  

Les DJ’s noirs ont aussi contribué au développement et à l’expansion de la musique noire jusque-là confinée dans le ghetto. Grâce à la musique qu’ils diffusaient ainsi qu’à leurs qualités à manier le verbe, à leur aptitude naturelle à « tenir le micro » et par le biais du Rn’B, les DJ’s noirs ont aussi véhiculé de nouveaux styles de danse et ont également inspiré certains artistes de Raggamuffin tels que George Clinton.

  

La conception de certains DJ’s dans la manière de présenter un nouveau disque devenait une chose excitante sous le micro du DJ new-yorkais Gary Byrd, ce qui avait le don de déclencher une demande auprès des disquaires.

Au fur et à mesure, les DJ’s noirs prirent de l’assurance et devinrent les figures centrales de toute la communauté noire, ce qui leur permirent de pouvoir acquérir le statut de star. Mais malgré leur notoriété, les DJ’s noirs étaient beaucoup moins payés que les DJ’s blancs, pratiquaient le payola (jouer la musique d’un label spécifique en échange d’une contrepartie bien souvent financière), et vivaient dans la précarité.

  

Selon la théorie assez revendicative, voire parfois réactionnaire de Nelson George, l’aspect financier et commercial ainsi que la récupération du Rn’B, transformé en Rockn’Roll par l’industrie musicale blanche, a contribué à l’appauvrissement de la musique noire et du Rn’B en particulier.

Le point de vue d’Arnold Shaw, musicologue, implique la réintégration dans un contexte noir, d’une musique noire (le Rn’B) interprétée par des Blancs (le Rockn’Roll) entrainant l’émergence d’une nouvelle musique « inter-raciale ».

Tandis que Nelson George insiste sur le fait que la musique noire a exercé une énorme influence sur la musique blanche, Arnold Shaw y voit plutôt la réconciliation (utopique ?) entre Noirs et Blancs.

  

A l’origine, la Soul Music, qui ne se nommait pas encore ainsi, était un mélange de Rn’B et de Gospel dont Ray Charles reste la star incontestable. Dans les chansons de Soul, les sujets traités restaient d’ordre quotidien (voiture, sexe, famille, etc.). Ray Charles réussit à allier le sacré et le profane à travers des thèmes empruntés au Blues, mélangeant le plaisir (la satisfaction physique) et la joie (l’illumination divine).

Dans les années soixante, la Soul devint le symbole de l’identité noire à une époque où il était question de droits civiques, de nationalisme et d’orgueil noir. Grâce à la musique soul, certains artistes tels que James Brown, ont su allier l’art et le combat politique.


« La radio noire et ses DJ’s ont contribué à définir la musique soul comme un style musical mais également comme un état d’esprit ».


Les stations de radio telles que Motown et Stax ont contribué à l’élaboration de la starification des DJ’s noirs. Ces derniers étaient gratifiés de prestations artistiques et vouaient un culte absolu à James Brown, qui proclamait lui-même que la musique noire pouvait apporter la liberté artistique et économique.

Brown avait ainsi compris le pouvoir et l’importance du DJ noir et avait pris conscience de l’importance de son rôle au sein des stations de radio.

A la suite de violentes émeutes suite à l’assassinat de Martin Luther King, émeutes qui se sont déroulées durant les années 60, les stations de radio sommèrent les DJ’s de renoncer à un langage trop ethnique ou trop familier en mettant l’accent sur une conception rigide du professionnalisme tout en mettant de côté tout élément faisant référence à leur personnalité. Ceci annonça la fin de l’ère du DJ-vedette.

Au début des années 70, le DJ de club issu de l’underground faisait son apparition.


DEVELOPPEMENT DU DJ EN EUROPE

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la suprématie américaine s’est étendue au-delà des concepts militaires et politiques ; elle s’est également traduite par une domination culturelle. 

 

Dans le cinéma, dans la peinture et dans la littérature, l’influence américaine se fit ressentir à travers de nombreux arts, notamment dans le domaine de la musique dans lequel la musique pop s’exprima de manière profonde et durable.

Jusque dans les années 70, l’Europe s’est longtemps limitée à recycler les influences anglo-américaines et en cela, les DJ’s européens sont restés à la traîne.

Pendant qu’en Amérique, les DJ’s avaient avant tout un rôle commercial prépondérant et se contentaient de passer des disques, en 1958, la radio britannique dédiait ses programmes à la musique pop. Jimmy Saville, DJ britannique, en fut l’un des instigateurs. En 1963, cet homme issu du milieu ouvrier, était considéré comme un mélange d’excentricité anglaise et de proto-punk, affublé d’une bizarrerie qui le propulsa sur le devant de la scène. Jimmy Saville est décrit comme étant un personnage issu d’un roman moderne, véhiculant la culture de la jeunesse, qui organisait des combats d’exhibition et des bals de charité et qui racontait des histoires d’une façon originale et fabuleuse.

Le DJ Emperor Rosko, alias Mike Pasternak, était considéré comme « un véritable poète pop du baratin promotionnel », sélectionnant les meilleurs tubes du moment et ayant une réelle connaissance du dynamisme de la culture pop.

 

A SUIVRE...


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