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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


L'univers de Quentin Tarantino # 4 : Kill Bill analyse d'une séquence 1

Publié par Phoebe sur 27 Novembre 2012, 12:03pm

Catégories : #Chroniques cinématographiques

ANALYSE DE SEQUENCES : EXTRAIT KILL BILL VOL. 1

 

SITUATION DU FILM DANS L’ŒUVRE DU CINEASTE ET DANS L’HISTOIRE DU CINEMA

Kill Bill Volume 1 est un film de Quentin Tarantino qu’il présente lui-même via le générique comme étant son quatrième film. Le scénario a été co-écrit avec l’actrice Uma Thurman, qui porte pour l’occasion le costume que revêtait Bruce Lee (jaune rayé d’une bande noire) dans son film Le jeu de la mort (Game of Death), Bruce Lee, Hong-Kong, 1972) afin d’incarner le personnage de Black Mamba (alias The Bride, alias Arlene Machiavelli, alias Beatrix Kiddo). Le film a été produit par Miramax ainsi que par la propre maison de production de Tarantino, A Band Apart.

Conçue comme une seule et unique œuvre d’une durée initiale de quatre heures, s’inscrivant dans un courant néo-réaliste ainsi que dans la « pure tradition tarantinesque », Kill Bill est un film d’action américain (sortie en France en 2003), se présentant en deux parties (diptyque), dont la désignation en volumes, renvoie explicitement à une œuvre littéraire éditée en plusieurs parties, tels, par exemple, Les contes des Mille et une nuits qui auraient été écrits en six volumes.

En cela,  il sera utile de se référer et de citer le quelques extraits du discours de Philippe Ortoli, tel qu’il le pense dans son ouvrage, « Le musée imaginaire de Quentin Tarantino » : « Le film se découpe en deux volumes : le terme renvoie idéalement à celui utilisé pour désigner un livre relié et implique une revendication explicite du caractère littéraire attribué par Tarantino au cinéma ».


 L’univers de Tarantino

« Les films de Tarantino ressuscitent une des plus vieilles ossatures narratives du monde, s’organisant autour de la recherche d’un objet dont le manque initial cause le déséquilibre d’un macrocosme donné […], tant qu’il n’est pas réintroduit, maintient ce dernier dans un état de bouleversement lié à sa menace de désintégration. Il appartient à un (ou à plusieurs) héros de le retrouver […], de sauver l’ordre au sein duquel sa présence est requise ».

« On peut être surpris de ce tribut versé à la tradition qui veut qu’un cinéaste subordonne la mesure du mouvement de ses images à celle d’un récit. Que s’y introduise du hasardeux, que s’y développent des digressions, qu’y soit ébranlée la chronologie n’amène pourtant jamais ici à conclure à une quelconque lâcheté de la forme, puisque tout y est rigoureusement subordonné à une causalité dont la manifestation tient dans le changement de but qui affecte certains personnages en cours d’histoire, sacrifient l’objet matériel initial au profit d’une valeur abstraite ».

« Si l’on se soucie de l’ordre donné à un univers, c’est, sans doute, par la recherche des règles de sa mise en récit qu’il faut commencer la visite du musée tarantinesque ».


Un récit non linéaire : un manque à combler dans l’univers diégétique

 « Pour Malraux, « le premier caractère de l’art moderne est de ne pas raconter », ce qui ferait passer Pulp Fiction et Kill Bill pour de films conservateurs.

Dans son « Esquisse d’une psychologie du cinéma », Malraux établit la spécificité artistique du cinéma par son rapport à un mode narratif qui le rapproche du roman. Ce lien est primordial chez Tarantino et le nier équivaut, à enfoncer béatement des portes ouvertes.

« Qui raconte une histoire propose une vision et celle de l’œuvre du cinéaste s’appuie, plus que sur le squelette narratif qui n’en est qu’une actualisation, sur une notion fondamentale, celle du jeu ».


Filmographie exhaustive

Réalisation :

Reservoir Dogs (1992)

Pulp Fiction (1994)

Jackie Brown (1997)

Kill Bill Volume 1 (2003)

Kill Bill Volume 2 (2004)

Boulevard de la mort (Death Proof) (2007)

Inglourious Basterds (2009)

Django Unchained (2012)

Production :

Killing Zoé de Roger Avary (1994) (producteur exécutif)

Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996)

Hostel d’Eli Roth (2005) (producteur exécutif)

Grindhouse : Death Proof (Quentin Tarantino) & Planet Terror (Robert Rodriguez) (2007)

Hostel: Chapter II d’Eli Roth (2007)

 

SITUATION DE L’EXTRAIT DANS LE FILM

Dans son désir de vengeance, Black Mamba, le personnage principal, s’est fixé un objectif : tuer ceux qui l’ont laissée dans le coma et qui ont tué son enfant (alors qu’elle était enceinte et sur le point de se marier).

Cette séquence se situe à la fin du premier volume et constitue le flash-back (analepse interne intradiégétique) de la première séquence, quand Black Mamba tue Vernita Green, le nom d’O-Ren Ichii est déjà rayé, ce qui sous-entend que cette dernière est déjà morte au début du film. L’extrait relate le combat qui se déroule entre Black Mamba et les « 88 fous », hommes de main d’O-Ren Ichii.

Cette vengeance devient une quête qui amène le personnage à voyager jusqu’à Tokyo, dans le but d’éliminer la reine de la pègre tokyoite, O-Ren Ichii, elle-même protégée de Bill, lui-même inscrit sur la liste des cinq à tuer (Death List Five) de Black Mamba. Auparavant, cette dernière s’est procurée un sabre fabriqué par le meilleur forgeron de l’île d’Okinawa, Hattori Hanzo.

Usant de stratégie afin de retarder le duel final, O-Ren Ichii oblige Black Mamba à affronter sa garde rapprochée, les « 88 fous ». Le duel final devient ainsi l’unique motivation (leitmotiv) du personnage principal qui devra passer des « épreuves » (combat avec la garde rapprochée d’O-Ren Ichii, avec Gogo, avec Johnny Moo, général en chef de la garde rapprochée.) pour atteindre son objectif.


DELIMITATION DE L’EXTRAIT

Début du combat de Black Mamba contre les « 88 fous » : Time IN : 1h18mn28s

Fin du combat, triomphe de Black Mamba : Time OUT : 1h26’00s

Durée de l’extrait : 7 minutes 32 secondes

La position du personnage évolue dans la narration. Au début de l’extrait, le personnage principal se retrouve dans une situation d’encerclement (UT 3 : 1h19mn02s à 1h19mn37s) alors qu’à la fin du combat, elle se retrouve dans une situation de domination : Black Mamba se tient debout, sortie victorieuse d’un éreintant combat, filmée en contre-plongée (UT 13 : 1h25mn37s).

La séquence décrit donc une épreuve (le combat), qui permettra d’accéder à la séquence suivante : le duel avec O-Ren Ichii. Cet extrait connote une situation de progression, la quête de Black Mamba, dont le leitmotiv est la vengeance.


CARACTERISATION DE L’EXTRAIT : « La mariée portait un sabre… »

L’extrait se situe à la fin du « Chapter 5 : Showdown at House of Blue Leaves » (Bataille rangée à la Villa Bleue).

Arrivée à Tokyo, Black Mamba se rend à la Villa Bleue où elle compte affronter O-Ren Ichii. Après avoir tranché le bras de Sophie Fatale, avocate, meilleure amie et bras-droit d’O-Ren, et après avoir vaincu sa garde rapprochée ; encerclée par les « 88 fous », hommes de main d’O-Ren Ichii, Black Mamba, armée d’un katana, s’apprête à combattre au péril de sa vie. Le personnage principal est conscient qu’il va falloir être endurant et qu’il va devoir user de stratégie et de tactique pour atteindre son objectif : combattre et tuer O-Ren Ichii…


INTERET ET PROBLEMATIQUE CINEMATOGRAPHIQUES QUE SOULEVE L’EXTRAIT


Intérêt cinématographique

L’extrait témoigne d’une esthétique de l’image par l’utilisation successive de la couleur, du noir et blanc aux contrastes très prononcés, puis du contre-jour montrant l’action sous l’aspect d’ombres chinoises, ce qui correspond à peu de chose près à la durée du combat, ce qui démontre que le cinéaste a su compléter et agrémenter son récit afin de le rendre intéressant et divertissant.

Ces trois effets scindent l’extrait choisi en trois parties (la fin de l’extrait en couleurs est incluse dans la première partie), proposant des univers intradiégétiques différents, éléments caractéristiques de l’œuvre de Quentin Tarantino, engendrant la rupture du rythme dans l’unité narrative de la séquence, notamment grâce à la bande-sonore qui subdivise encore l’extrait en unités narratives référentielles, tout en jouant sur la valeur affective de la musique.

En effet, la musique cite d’autres musiques faisant référence soit à une époque musicale déterminée, soit à d’autres films ou genres cinématographiques (allusion, citation).

La bande-sonore des trois parties constitue un élément narratif et citationnel et s’intègre dans la logique de l’évolution de ces mêmes parties, à savoir l’évolution du combat, l’évolution du personnage, l’évolution de la situation.

La manière dont l’ensemble de l’extrait est agencé nous montre en définitive la stratégie de combat de Black Mamba et comment cette dernière arrivera à bout des « 88 fous ».


Problématique  

Il s’agira de démontrer comment le cinéaste réussi à transformer la séquence de combat, en un moment « divin », presque sacré ; teinté de réalisme et de stratégie martiale, mélangeant esthétisme et action pure, grâce, d’une part, à l’omniscience de la caméra (montage, angles de prise de vues, éclairages, dialogues et personnages), mais également, d’autre part, à l’usage du plan « gore » ainsi qu’au mixage de la bande-sonore que l’on pourrait comparer à un « véritable » combat au sabre, d’où le caractère réaliste de la scène.


Démarche et axes d’analyse choisis

La démarche consiste, dans un premier temps, à subdiviser l’extrait en parties narratives (trois parties), puis en sous-parties temporelles (nommées unités temporelles, notées UT).

Dans un deuxième temps, à partir de ces subdivisions, il s’agira de démontrer, grâce aux éléments techniques, à l’usage du plan « gore » et au mixage de la bande-sonore, que toute la séquence participe à une mécanique technique bien rodée qui est au service du jeu et de la narration, permettant d’appliquer un point de vue esthétique de la mise en images du récit cinématographique.


a/ Les éléments techniques au service de la narration

Dans une première partie, il s’agira de montrer à travers le montage, le cadre, les échelles de plans et les éclairages, comment le réalisateur a su « personnaliser la caméra » en lui donnant un caractère omniscient, quasi divin, qui permet au spectateur de pouvoir apprécier les différentes dimensions (psychologique, physique, mentale et spirituelle) d’un combat au sabre.

Il sera question de démontrer ce caractère sacré qui constitue, à mon humble avis, un renvoi, un rappel direct au monologue en voix-off de Black Mamba à la fin de la première séquence (Chapter One : 2) : « […] Quand la chance favorise une chose aussi laide et violente que la vengeance, on y voit une preuve irréfutable que non seulement Dieu existe mais qu’on agit selon sa volonté. […] ».


b/ Représentation de la violence et personnification du sabre : l’objet devient le sujet

Dans une deuxième partie, dans une optique de représentation de la violence et de la mort, la caméra montre et démontre. Il sera question d’observer la manière dont le cinéaste représente la violence d’un combat (spectacularisation de la violence) afin de le transformer en élément non seulement horrifique, grâce à l’utilisation du plan « gore », mais également extraordinaire, et, par conséquent, parvient à en faire un élément esthétique.

Ici, à travers une étude basée sur la vérification, il sera question de démontrer que tous les plans dits « gores » ont leur légitimité dans la séquence, grâce à un rapport de cause à effet (points de montage, échelle de plans), car ils concourent tous à l’élaboration de la représentation de la violence.

Dans cet extrait, le réalisateur met en avant le sabre qui devient l’élément prépondérant de la séquence, puisqu’il apparaît comme un élément qui tranche, non seulement les membres mais aussi le cadre.

Puis, il sera également question de voir comment le cinéaste a personnifié le sabre : comment l’objet devient le sujet ; non seulement on le voit car il est exposé telle une œuvre d’art, mais on l’entend également.


c/ Les ombres chinoises comme théâtre de la mort

Cette courte scène (UT 11 : 1h23mn23s à 1h24mn20s) constitue un point de vue esthétique et symbolique intéressant à développer. Ainsi fait, il sera aisé de démontrer la présence du Thanatos et de l’Eros à travers la théâtralisation de la mort.


d/ La séquence comme stratégie de combat

Enfin, l’étude de la bande-sonore semble ici tout à fait justifiée car musique, bruitage et voix constituent un continuum sonore, rythmant la séquence et fonctionnant tels des leitmotiv, qui se positionnent en tant qu’éléments complémentaires à la narration.

Il s’agira de montrer la dimension extraordinaire du combat en observant la mécanique de l’extrait grâce à la bande-sonore.

Grâce aux citations et références extradiégétiques, cinématographiques et cinéphiliques du cinéaste, rappelant les films d’une certaine époque (ex : Blaxploitation) et de certains genres cinématographiques (chambara eiga, film de samouraï japonais, film de kung-fu, yakuza eiga), éléments indispensables à la constitution du « musée imaginaire de Quentin Tarantino », tel que le nomme Philippe Ortoli dans son ouvrage éponyme.

Il sera donc question de démontrer comment la bande-sonore subdivise la séquence en plusieurs parties et apporte des ambiances différentes au sein de cette même séquence.

Après avoir repérer les différents points de rupture, il sera question de les nommer, en y apportant une comparaison basée sur les techniques et tactiques de combat prodiguées par un des plus célèbres samouraïs, Miyamoto Musashi (1584-1645), auteur du « Traité des Cinq Roues », bible de référence pour tout sabreur qui connaîtrait le bushidô par cœur.

Ainsi fait, il sera donc aisé d’y apporter la confirmation du caractère « divin » du combat et par extension, de celui d’extrait, en tant que spectacle de la mort mais également de la vie, en opposant deux photogrammes, qui confirment l’évolution de la position du personnage principal ainsi que celle de la narration.


ETUDE DE LA STRUCTURATION DE L’EXTRAIT : SA LOGIQUE INTERNE

Cet extrait constitue un point déterminant de l’histoire et fonctionne comme un leitmotiv « subdivisé » en trois parties, désignant une évolution narrative, puisque la quête de Black Mamba débute et que son premier objectif est de tuer O-Ren Ichii (première sur la liste des cinq à tuer). Le combat contre les « 88 fous » ne constitue qu’une épreuve de plus pour l’héroïne.

Situation initiale : Black Mamba est venue pour tuer O-Ren Ichii. Pour atteindre son objectif, elle devra affronter de nombreux adversaires, épreuves obligatoires afin de pouvoir combattre la reine de la pègre tokyoite. Le personnage principal semble être dans une situation de domination, puisqu’il est encerclé par ses adversaires.

Situation finale : Les épreuves ont été passées avec succès, Black Mamba va pouvoir combattre O-Ren Ichii. Le personnage principal domine.

 

A SUIVRE : ANALYSE FILMIQUE INTERNE : EXTRAIT DU CHAPTER 5 : SHOWDOWN AT HOUSE BLUE LEAVES...


NOTA BENE : cette analyse a déjà fait l'objet d'une présentation universitaire.


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