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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


La comédie musicale : féérie filmée, réalité chorégraphiée

Publié par Phoebe sur 24 Mai 2011, 23:33pm

Catégories : #Chroniques cinématographiques

Les éléments de la comédie musicale (musical)

 

Tout comme le western, la comédie musicale est un genre cinématographique considérée comme étant un style typiquement hollywoodien. A l’époque classique, la comédie musicale appartient au registre de la comédie ayant pour principale caractéristique des expressions chantée et dansée qui obéit à des codes cultuels.

La comédie musicale apparaît comme le pendant du mélodrame dont elle partage certains traits, comme le goût des morceaux de bravoure dans sa structure dramatique. Elle rejette également une esthétique du réalisme banal ou de la vraisemblance, mettant en valeur une stylisation du sentiment et du spectacle. L’avènement du parlant permet la naissance de la Musical Comedy.

Durant les années 30, le genre se codifie grâce aux grands studios de l’époque : RKO, Warner Bros, MGM et Paramount.

Les numéros musicaux font partie intégrante de la narration et la comédie musicale revendique explicitement son appartenance à une tradition théâtrale. Dans les années 40, la caméra se fait elle-même chorégraphe, car l’accent est mis sur les qualités individuelles de l’acteur-danseur et sur l’expression et l’énergie corporelles, magnifiées par le cinéma. Comparable au mélodrame des années 50, cette tendance culmine dans la série des comédies musicales que produit la Métro-Goldwyn-Meyer (MGM), dont les réalisateurs les plus  connus sont Stanley Donen, Vincente Minelli, Charles Waters, George Sidney. Les figures de proue du genre sont Gene Kelly et Fred Astaire, acteurs, danseurs et chorégraphes.

Libérée des contraintes scéniques théâtrales, la comédie musicale échappe aux conventions et aux limites en ayant recours à des multiples trucages ingénieux et propres au dispositif cinématographique.

Aux formes classiques des années 30, synonyme d’élégance, succède une esthétique de l’éclat coloré et de plénitude picturale des années 50.

Lorsqu’il se marie au film biographique, le Musical cesse d’être comédie et tend vers une forme narrative mélodramatique, faisant appel aux ressorts de l’admiration ou du pathétique, où le héros triomphe des obstacles ou subit les affres du destin. Cette forme fait référence au premier film parlant et chantant, Le Chanteur de Jazz (The Jazz Singer, USA, Alan Crosland, 1927) où l’on constate la fusion des genres : mélodrame, biopic et musical. Cette juxtaposition est mise en opposition thématique entre le spectacle, l’entertainment (notion spécifiquement américaine), et les valeurs traditionnelles, familiales et communautaires, opposition faite entre logique d’intégration américaine et celle du repli de l’identité ethnique.

Le Chanteur de Jazz

 

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Scénario : Alfred A. Cohn, d’après l’histoire et la pièce de théâtre de Samson Raphaelson, The Day of Atonement.

Genre : mélodrame musicale

Production : Warner Bros

Synopsis : Rabinowitz, vieux chantre juif dans une synagogue espère que son fils, Jackie, lui succèdera, mais ce dernier préfère courir les bars à la mode et chanter du Jazz. Chassé du domicile familial, il débute une brillante carrière de chanteur profane, tout de noir maquillé. Remarqué par une actrice qui lui propose de l’aider, il devient une vedette, empruntant le pseudonyme de Jack Robin. Son père tombant gravement malade, Jack revient auprès de lui afin de lui demander pardon.


Le passage du muet au parlant

Le Chanteur de Jazz est un film adapté d’une pièce de théâtre qui oppose le folklore yiddish à la musique moderne et profane représentée par le Jazz. Ce film obtint un succès phénoménal lors de sa sortie en octobre 1927 aux Etats-Unis. Il annonce et marque le triomphe du film sonore, chantant et parlant, bien que les dialogues synchrones y soient réduits à deux minutes et que le film comporte encore de nombreux intertitres écrits. Pour tenir le rôle principal, la Warner fait appel à Al Jolson, célèbre acteur dynamique et animateur de spectacles à Broadway.


Bugsy Berkeley

Chorégraphe à Broadway, Bugsy Berkeley impose son style novateur grâce à des danseuses, des décors baroques, des costumes somptueux et des prises de vues originales. Dans Les Chercheuses d’or (Gold Diggers, Melvyn LeRoy, USA, 1933), il met en scène une centaine de danseurs et réinvente « la ruée vers l’or » dans une Amérique en pleine crise économique.

« A une époque de soupe populaire, de dépression et de guerre, j’ai tenté d’aider les gens à oublier leur misère et à penser à autre chose. J’ai voulu rendre les gens heureux, ne serait-ce que pendant une heure ».

Dès 1933, le public peut également se délecter du couple Fred Astaire et Ginger Rogers, ainsi que de l’harmonie parfaite du duo qui s’impose comme une évidence.

Les comédies musicales de l’époque enthousiasment le public séduit par la légèreté du genre et de l’univers féérique qu’il propose, comme le montre l’inoubliable Magicien d’Oz (The Wizard of Oz, Victor Fleming, USA, 1939) avec Judy Garland.


Le Magicien d’Oz

 

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Scénario : Noel Langley, Florence Ryerson, Edgard Allan Woolf, d’après le roman de Franck L. Baum, The Wonderful Wizard of Oz.

Genre : comédie musicale

Production : MGM

Synopsis : Dorothy Gale vit chez son oncle et sat ante au Kansas quand un ouragan s’abat sur la maison. Dorothy se retrouve au pays d’Oz où elle rencontre une multitude de personnages tels que l’homme de fer blanc, le lion peureux et l’épouvantail qui deviennent par la même occasion ses amis et compagnons de route. Souhaitant rencontrer le magicien, Dorothy suit le chemin de briques jaunes menant au Palais d’émeraude où une surprise les attend.

Ce film est l’adaptation du best-seller anglo-saxon d’un livre pour enfants, ce film est d’une richesse visuelle foisonnante constituant pour l’époque, l’une des réussites des studios de la MGM. Ce film marque également le début de la carrière de Judy Garland.


Fred Astaire et Gene Kelly

Dans les années 40-50, l’apparition de nouveaux talents favorisent l’évolution du genre. Chant et danse prennent une dimension dramatique et participent à la progression de l’intrigue. Le style de Fred Astaire prédomine et ce dernier profite de l’occasion pour remettre sa carrière au goût du jour dans des films tels que Mariage Royal (Royal Wedding, Stanley Donen, USA, 1951) et Tous en scène (The Band Wagon, Vincente Minelli, USA, 1953), admirable réflexion sur l’artiste et autoportrait du monde du spectacle.

Face à Fred Astaire, gene Kelly s’impose également en tant qu’acteur, danseur et chorégraphe. Les deux hommes sont réunis dans Ziegfeld Follies (Vincente Minelli, USA, 1945), film dédié au Music Hall et aux revues, ayant pour beaucoup influencés le genre.


L’apogée du genre

Gene Kelly s’associe à Stanley Donen et les deux hommes contribuent au renouvellement de la conception classique du film musical. Dédaignant les somptueux décors de studios au profit du naturel des rues new-yorkaises dont le but est d’arracher les prises de vues à la vie.

En 1952, les deux hommes réalisent l’une des plus belles comédies musicales de l’histoire du cinéma : Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain, USA). Cette œuvre qui traite de l’avènement du parlant, se distingue par son humour, son inventivité, sa poésie et son originalité, car on y retrouve de nombreuses références concernant les pionniers du cinéma hollywoodien.

Chantons sous la pluie

 

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Scénario : Betty Comden et Adolph Green

Genre : comédie musicale

Production : MGM

Synopsis : A Hollywood, à la fin du cinéma muet, deux copains et la petite amie de l’un d’entre eux, tous trois issus du music hall, essaient de s’implanter dans l’industrie cinématographique en pleine crise. Rencontrant un producteur compréhensif, ils devront s’adapter au cinéma sonore, en dansant et en chantant, au prix d’une supercherie qui se retournera finalement contre les fausses vedettes, incapables de s’adapter au nouveau procédé.

Dans ce film, le cinéma se retourne en riant sur son passé, y compris celui du déferlement de la comédie musicale, décliné en une sorte de futur antérieur, d’où le charme du film, équilibré entre l’irrévérence et le classicisme d’un genre.

De nombreuses séquences mettent en avant les difficultés pour les acteurs à passer du muet au parlant, la popularité du film sonore ainsi qu’une multitude de références au début du cinéma : au premier sonore, Le Chanteur de Jazz, à la célèbre actrice de films muets, Sarah Bernhardt.

A la fin des années 50, l’atmosphère féérique cède la place à un ton beaucoup plus dramatique.


Le déclin de la comédie musicale classique

Devant le succès aléatoire des films, les studios ferment leurs départements comédies musicales devenus trop onéreux.

Les chanteurs se lancent également à la conquête du cinéma dans des rôles écrits sur mesure, hélas sans saveur. Seul, Elvis Presley fait figure d’exception.

A la même époque, en Europe et en particulier, en France, Jacques Demy accompagné du compositeur, Michel Legrand, fait figure d’avant-garde et remettent tous deux au goût du jour les comédies musicales d’antan, en créant un petit univers où se mêlent tendresse et cruauté, élégance et gravité profonde.

Les Parapluies de Cherbourg, palme d’or à Cannes en 1964, traite des premières amours sur fond de guerre d’Algérie, film symbolisant l’œuvre de Demy. L’influence américaine est beaucoup plus palpable dans Les Demoiselles de Rochefort (1966) où Catherine Deneuve et Françoise Dorléac chantent l’amour et la vie, à coup de paillettes et de couleurs vives dans un Rochefort repeint pour l’occasion.


Les Parapluies de Cherbourg

Scénario : Jacques Demy

Synopsis : En 1957, à Cherbourg, une marchande de parapluies ne voit pas d’un très bon œil l’idylle de sa fille avec un jeune garagiste.

Dans Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy met en scène une parole chantée d’autant plus atypique qu’elle est continue, proche de la parole dans sa tonalité et sans aucune justification narrative : les personnages ne sont pas des artistes mais de modestes gens : des garagistes, des petits commerçants, tous témoins d’une réalité symbolisée par la guerre d’Algérie. Faire chanter le réel comme un rêve, et vice-versa, voilà l’audace du cinéaste !

Les Demoiselles de Rochefort

Scénario : Jacques Demy

Synopsis : A Rochefort, Delphine et Solange, deux sœurs jumelles, donnent des leçons de danse et de musique. Elles rêvent de monter à Paris et saisissent l’occasion lorsqu’une troupe de forains passe en ville.

Cette comédie musicale française est un hommage évident à Hollywood. Les jolies jumelles éclatent de fantaisie, d’où l’importance des couleurs vives du film. Le jaune pour la blonde Delphine, le mauve pour la brune Solange et enfin, le rouge pailleté, couleur exprimant la passion et la joie.

 

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A suivre : La comédie musicale : du rêve au réalisme


Sources :

Hollywood : la norme et la marge ~ Jean-Loup Bourget ~1998

Article « La comédie musicale : Tous en scène » ~ Géraldine Michelon in Dictionnaire mondial des films ~ Bernard Rapp et Jean-Claude Lamy ~ 2000

Le dialogue : du texte écrit à la voix mise en scène ~ Claire Vassé in Les Cahiers du Cinéma



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