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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Le cinéma allemand # 2 : Les studios de la DEFA (ex-RDA)

Publié par Phoebe sur 21 Janvier 2013, 18:42pm

Catégories : #Chroniques cinématographiques

SITUATION CINEMATOGRAPHIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE ALLEMANDE (ex-RDA - 1945-1989)

 

La « Deutsche Film Alztiengesellschaft » ou « Deutsche Film AG » (DEFA) était un studio d’Etat de la République Démocratique Allemande (RDA). Après la fin de la guerre (1946), les autorités soviétiques entreprennent rapidement de relancer la production cinématographique de la zone d’occupation Est-allemande, notamment comme support de propagande. Ils fondent les studios de la DEFA en reprenant les ateliers de l’ « Universum Film AG », dans le quartier de Babelsberg à Postdam. En 1950, l’entreprise devient propriété de l’Etat Est-allemand. Entre 1946 et 1990, les studios de la DEFA ont produit environ 700 films, 750 films d’animation, 2250 films documentaires et courts-métrages, et ont également réalisé le doublage de plus de 8000 films.

« Les Assassins sont parmi nous » (« Die Mörder sind unter uns », 1946) de Wolfgang Staudte, premier film allemand d’après-guerre, réalisé dans les studios de la DEFA à Postdam et à Berlin. Wolfgang Staudte avait travaillé comme moraliste en République Fédérale Allemande (RFA), et il était considéré comme dérangeant en RDA.

Staudte (1906-1984) est énormément marqué par la première guerre mondiale qu’il considère comme un crime organisé par l’Etat. Ce film antifasciste eut un succès mondial : il dénonce avec réalisme la responsabilité individuelle dans les crimes politiques. La DEFA avait accordé une certaine liberté d’expression au cinéaste, car l’idée était de ne pas faire un film de divertissement.

« Les Assassins sont parmi nous » est un film considéré comme la première œuvre importante du cinéma Est-allemand car il posait la question, non résolue à l’époque, de l’avenir de l’identité allemande : tous coupables ?

Ce problème de conscience doublé d’un débat éternel sur la justice immédiate, le cinéaste le développe clairement dans son film par le biais d’une histoire simple et forte, tout en utilisant des éclairages avec de forts contrastes systématiquement dramatiques entrainant une esthétique issue de l’expressionnisme. Le film repose lui-même sur la tension de deux extrêmes : la culpabilité reconnue et le refus de la culpabilité.

En 1948, « Le Mariage dans l’ombre » (« Ehe im Schatten ») de Kurt Maetzig (1911-2012) est un film qui participe à la construction d’une nouvelle société. C’est un film dans la lignée du style des productions cinématographiques de l’UFA dont la DEFA n’a jamais pu se détacher. La DEFA est une société centralisée et hiérarchisée que l’Etat a du mal à contrôler. Les cinéastes de la République Démocratique Allemande (RDA) sont très influencés par le cinéma soviétique stalinien. Kurt Maezig réalise des films néoréalistes, façon Est-allemande et fut élu en 1950, membre de l’Académie des Arts de Berlin.

Gerhard Klein est un réalisateur berlinois (1920-1970) qui tourne dans un style situé entre le documentaire et la fiction afin de donner une impression d’authenticité : « Maul und Klauenseuche » (1950), « Berlin, Ecke Schönhauser » (1957), « Sonntagsfahrer » (1963), « Berlin um die Ecke » (1965), « Leichensache Zernik », dernier film du cinéaste, sorti à titre posthume en 1972.


La DEFA était financée par l’Etat et offrait des conditions de travail idéales aux cinéastes ainsi qu’aux techniciens. Le 13 août 1961, le mur de Berlin (« Berliner Mauer » en allemand) est construit, ce qui isole les studios de la DEFA. De nouvelles possibilités s’offrent alors au cinéma Est-allemand.

« Karla » (1965) d’Herrmann Zschoche (1934) (réalisateur et scénariste qui tourna entre 1961 et 1994) est l’histoire d‘une enseignante qui refuse l’hypocrisie. Le film devient interdit tout comme d’autres films à cette époque. Pourtant, les films censurés vont dans la pensée politique du moment.

Jürgen Bötticher, connu aussi sous le pseudonyme de « Strawalde », est un réalisateur allemand de films documentaires, également peintre et dessinateur. Il étudia la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde entre 1949 et 1953. Entre 1955 et 1960, il étudie la réalisation à l’Académie de Cinéma et de Télévision à Postdam dans les studios de Babelsberg. Puis, il travaillera comme directeur au DEFA-Dokumentarfilmstudio à Berlin. Böttcher a réalisé une quarantaine de films documentaires esthétiquement provocateurs, ce qui en fait un cinéaste apprécié par les cinéphiles, en particulier grâce à  son film « Année 1945 » (« Jahrgang 45 ») qu’il réalise en 1965. Dans ce film, le renouveau vient de l’authenticité et non de la mise en scène. C’est en outre le premier film de la DEFA tourné en extérieur. Le film est vu comme une critique obscène du style de vie du parti nazi.

Le cinéma Est-allemand (RDA) souffre du fait que tous les réalisateurs s’exilent pour aller faire des films en RFA.

Frank Beyer (1932-2006) est un réalisateur allemand, ayant étudié à l’Académie du Film à Prague tout en étant l’assistant-réalisateur de Kurt Maetzig. En 1957, il entre comme réalisateur à la DEFA et réalise son premier film « Zwei Mütter ». Un bon nombre de ses films portaient un regard critique sur l’Histoire allemande du 20ème siècle.

« La Trace des pierres » (1966), film réalisé par Frank Beyer, est considéré par la critique comme hostile au parti et à l’Etat. A cette époque, il n’existe pas de censure officielle et un censeur est introduit au sein même de l’équipe de production. Les films produits qui observent une divergence d’opinion au parti et à l’Etat sont bannis des salles, mais ils ont pourtant laissé des traces.

Konrad Wolf, cinéaste Est-allemand, qui à l’âge de 17 ans, rejoint l’Armée Rouge entre 1945 et 1948. Konrad Wolf décrira par la suite les événements qu'il a vécu au sein de l’armée soviétique dans son film « J’avais 19 ans ».

« J’avais 19 ans » (« Ich war Neunzehn ») (Konrad Wolf, 1968) est un film dont l’intrigue se situe en 1945. Un jeune Allemand antinazi et combattant les troupes soviétiques, retrouve son pays dans de tragiques circonstances et découvre les atrocités de la guerre. Après la Seconde guerre mondiale, Konrad Wolf retourne à Moscou et étudie à l’Institut National de la Cinématographie. Par la suite, il travaille en tant que réalisateur dans les studios de la DEFA. Il fut président de l’Académie des Arts de la République Démocratique Allemande de 1965 jusqu’à sa mort en 1982.

A la fin des années 60, la DEFA emploie plus de deux mille personnes et ne produit plus que des films de pacotille, au ton monocorde et aux histoires insipides, agrémentées de répliques symboliques pseudo-littéraires. Les productions de la DEFA sont souvent des échecs financiers car le côté didactique des films fait fuir le spectateur.

En 1975, Frank Beyer réalise « Jacob le menteur » (« Jakob, der Lügner »), un film qui raconte l’histoire d’un ghetto juif dans une petite ville polonaise, où Jacob Heym est arrêté parce qu’il n’a pas respecté le couvre-feu. Le film diffuse une idée qui va dans le consensus de la société Est-allemande : plus jamais de fascisme.

Egon Günther est un réalisateur et romancier qui se démarque des autres, car il utilise un autre modèle que celui calqué sur l’UFA. En 1958, Günther débute sa carrière dans les studios de Babelsberg de la DEFA. Cette dernière ayant censuré plusieurs de ses films, il quitta la RDA pour s’installer en RFA. Il reviendra à Berlin seulement après la chute du mur.

Dans « La Clé » (« Die Schlüssel ») qu’il réalise en 1972, l’héroïne de son film meurt (pas de happy end). Les critiques des films avaient une forte connotation politique et un parfum de Nouvelle Vague flottait au sein de la DEFA.

« Jadup et Boel » (« Jadup und Boel ») est un film réalisé par Rainer Simon en 1981 et dénonce un système pourri. Pour faire du cinéma, il fallait aller dans le sens de la DEFA et par conséquent dans celui de l’Etat.

Le 9 novembre 1989, chute du mur de Berlin suscite l’admiration d’un monde libre qui ouvre la voix à la réunification allemande.

« Les Architectes » (« Die Architekten ») film réalisé par Peter Kahane en 1990 signe les dernières heures de la République Démocratique Allemande ainsi que la chute du mur de Berlin et la fin de la DEFA, qui fut, par la suite, rachetée par un groupe financier français.

Dans le cinéma Est-allemand, la modernité surgira un peu avant et un peu après la chute du mur de Berlin. A partir de cette date symbolique, tous les films censurés auparavant vont être diffusés dans les salles de cinéma, notamment « La Trace des pierres » de Frank Beyer, film qui remporte un franc succès alors qu’il avait été hué lors de sa sortie en 1966.

Il ne faut pas faire d’amalgame entre le cinéma nazi et le cinéma de la RDA, ce sont deux choses différentes car le cinéma Est-allemand n’a jamais fait de cinéma de propagande antisémite et raciste. Il a toujours fait des efforts pour se dégager des pressions de l’Etat, ce qui constituait une idée tout à fait contraire pour le cinéma du 3ème Reich. Entre 1960 et 1965, les intellectuels pensaient être à l’abri de toutes suspicions mais c’était sans compter sur l’apparition de la censure dès 1965. Les changements en République Démocratique Allemande s’opèrent  entre 1980 et 1985. « Les Architectes » constitue un film qui montre qu’il y avait un début d’éthique.

 

A SUIVRE : Le Heimatfilm : un genre cinématographique apolitique


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