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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Le cinéma allemand # 3 : Le Heimatfilm et le film de guerre

Publié par Phoebe sur 21 Janvier 2013, 19:03pm

Catégories : #Chroniques cinématographiques

LE HEIMATFILM, UN GENRE CINEMATOGRAPHIQUE APOLITIQUE


Qu’est-ce qu’un Heimatfilm ?

« Heimat » (le sol, la terre) constitue une valeur absolue à laquelle tous les citoyens allemands sont rattachés : le sang et le sol. Celui qui nait en Allemagne n’a pas la nationalité allemande, le droit du sang s’applique (mais pas droit du sol). La politique du 3ème Reich a longtemps entretenu le mythe du sang et du sol.

Le Heimatfilm ou « film du terroir » est un genre cinématographique typiquement allemand, qui s’est développé en majorité entre 1950 et 1960. Ces films suivent un canevas caractéristique qui rappelle les trames des romans de Jean Giono, écrivain et scénariste français, 1895-1970), ainsi, et fait également référence à un genre cinématographique spécifiquement américain, le western.

Le Heimatfilm  est un genre qui se compose de films de divertissement : les vêtements, le fait que les personnages se tutoient, la couleur, la prairie, la verdure sont tous les éléments qui sont sensés représenter un monde joyeux.

Le Heimatfilm nazi est un camouflage historique et politique. Il met bien souvent en scène des personnes toujours pleines d’intégrité, d’autorité et très sympathiques, des gens qui vivent à la campagne (pour les nazis, la ville est toujours quelque chose de négatif), rêve petit bourgeois bien structuré, relation familiale intacte et heureuse. « Heima » est un terme qui s’oppose à celui de « Vaterland », qui signifie « patrie militaire » et désigne tout ce qui touche au stricte et à la sévérité. Ainsi, le Heimatfilm est par excellence un genre commercial apolitique.

« Sissi » (Ernst Marischka, 1955, sorti en France en 1957) est un film autrichien extrêmement apolitique parce qu’il véhicule d’autres valeurs liées à la famille et à la terre, la nostalgie d’une époque où il existait une identité nationale. Le film connote un déficit réaliste mais fonctionne comme une guérison. En 1955, l’Autriche retrouve son indépendance car jusque-là, le pays était occupé par les Russes, les Américains, les Anglais et les Français. L’Allemagne fasciste a également occupé l’Autriche. L’Allemagne s’est servit de l’Autriche comme d’une continuité positive. Aujourd’hui encore, le mythe de « Sissi » est entretenu dans ce pays. Il est également présent en France, en Irlande, en Finlande, au Portugal et en Espagne, pays où le film a rencontré un grand succès. « Sissi » constitue une trilogie (« Habsburgerfilme ») : « Sissi » (1955), « Sissi impératrice » (1956), « Sissi face à son destin » (1957).

L’âge d’or du Heimatfilm se situe en 1955. Sur l’ensemble de la production des années 50, un film sur cinq était un Heimatfilm.

Caractéristiques : traits sémantiques et syntaxiques

Généralement, les thèmes abordés dans le Heimatfilm sont les conflits entre riches et pauvres, le bien et le mal.

Le genre met en scène une région reculée, considérée comme étant pure (non souillée par la ville). L’idée du terroir permet de renouer avec des traditions régionales, tel un paradis perdu, permettant de retrouver une identité exempte du pêché originel que constituait pour la société allemande l’intermède nazi.

La plupart du temps, cette région est incarnée par la campagne bavaroise ou la Forêt Noire, régions où les gens étaient restés attachés à leurs dialectes ainsi qu’à leurs traditions locales.

Le Heimatfilm possède une intrigue généralement basée sur un conflit qui vient bousculer l’harmonie de façade de ce petit monde tranquille : cupidité, problèmes d’héritage, mariages arrangés, incompatibilité de milieux sociaux. Le braconnier symbolise généralement l’homme libre et le film finit toujours bien (happy ending). Cette forme est délibérément choisie car le traumatisme de la guerre encore récent a comblé le besoin du public en drames-catastrophes.

D’une manière généralement, les Heimatfilms sont souvent manichéens. Le personnage principal est un individu qui lutte contre l’injustice ou une femme indépendante qui lutte pour s’imposer dans un monde machiste.

Pour bien comprendre l’engouement du genre auprès du public, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et garder à l’esprit que 30% de la population allemande avaient fui les territoires de l’Est (Silésie, Poméranie, Prusse-orientale) devant l’avancée de l’Armée Rouge. Les fuyards et les expulsés, affamés et sans toit, arrivaient dans les villes en ruines et retrouvaient les habitants qui subissaient le même sort. Les Allemands sont des personnes déracinées par leur histoire récente qui débouche nécessairement sur une question essentielle : Qu’est-ce que la patrie ?

A la fin des années 50, le public se lasse des Heimatfilms. Les loisirs changent (télévision, radio, voyages), ce qui entraîne une diminution des entrées dans les salles.

Le Heimatfilm a marqué le cinéma allemand des années 50. A l’Est, ce genre cinématographique était également assez bien accueilli par le public. Les films étaient souvent jugés apolitiques et devenaient par la force des choses, inintéressants. Le déclin du genre entraîne au début des années 60, l’émergence du Nouveau Cinéma Allemand. A la fin des années 80 (1988), le genre décline et ne se constitue plus que de « musicals » simplistes, qui passent pour de la publicité pour ces régions devenues touristiques.


LE FILM DE GUERRE

Après la deuxième guerre mondiale, les Américains ont commencé à produire des films de guerre.  

« Le Renard du désert » (« The Desert Fox: The Story of Rommel » (1951) d’Henry Hathaway (1898-1985), fut un des films de guerre projeté dans les salles allemandes après la guerre. Henry Hathaway est un réalisateur et producteur américain, spécialisé dans le western, le film d’aventures, les drames et les films noirs. Le film tire le portrait du maréchal Erwin Rommel qui participa au complot contre le dictateur.

Contexte historique : Début de la « Guerre Froide » (1945-1991), les Soviétiques représentent un certain danger. Il était question de préparer le réarmement de l’Allemagne mais le pays ne voulait pas. Le film de guerre américain est très peu représenté et distribué dans l’Allemagne d’après-guerre.

Films de guerre produits en Allemagne durant les années 50

Harald Braun est un réalisateur et scénariste allemand né et mort à Berlin (1901-1960). Il débuta sa carrière en tant que scénariste (« Magda » (« Heimat »), Carl Froelich, 1938)  et assistant-réalisateur à partir de 1937 dans les studios de l’UFA.

En 1942, il réalise « Entre ciel et terre » (« Zwischen Himmel und Erde »), film qui consacra ses débuts en tant que réalisateur.

Erich Pommer était l’un des membres de la « Decla Filmgesellschaft Holz Co », société de production cinématographique fondée par Rudolf Meinert. La « Decla Filmgesellschaft » fusionna avec l’UFA en 1921. Erich Pommer produisit des films qui ont marqué l’histoire du cinéma et en particulier l’histoire du cinéma allemand, notamment « Metroplis » (1927) de Fritz Lang et « L’Ange bleu » (1930) de Josef von Sternberg. Tout comme Fritz Lang et Murnau, Erich Pommer s’exila à Paris dès 1933, puis à Hollywood où il travailla pour la Fox Films. Voilà pourquoi, on retrouve de l’expressionnisme allemand dans une partie des productions hollywoodiennes d’hier et d’aujourd’hui.

Eric Pommer retourna en Allemagne entre 1946 et 1949, où il fut agent du renseignement de l’armée américaine au sein du service cinématographique. En 1947, Erich Pommer accorda une licence à Harald Braun, sous l’égide de la « Neue Deutsche Filmgeselleschaft », société de production indépendante basée près de Münich, pour réaliser son film « Entre hier et demain » (« Zwischen gestern und morgen »).

En 1949, Braun signe son plus grand succès depuis la fin de la guerre : « Service de nuit » (« Nachtwache »). A partir de 1951, le cinéaste ne réalisera plus que des films qui traitent des problèmes d’éthique.

En 1952, il réalise « Le Cœur du monde » (« Herz der Welt »), un biopic sur la vie de la militante pacifiste autrichienne, Bertha von Suttner (1843-1914, lauréate du Prix Nobel de la paix en 1905), film qui lui vaudra plusieurs récompenses dont le prix du Cinéma allemand en 1953. Le film connote un pacifisme et est considéré comme étant un éloge à la paix.

Paul May (1909-1976) est un réalisateur allemand qui travaille dans les studios de Münich et qui est connu pour sa trilogie antimilitariste réalisée entre 1953 et 1955 : « 08/15 » (1953), « 08/15 s’en va-t-en guerre » (« 08/15, Zweiter Teil », 1954), « 08/15 Go home » (« 8/15 in der Heimat », 1955). Le premiers opus de la trilogie « 08/15 » réalisa 15 à 20 millions d’entrées à l‘époque et fut un grand succès commercial. Le film conte l’histoire d’un caporal qui se révolte contre les barbaries de la guerre.

Alfred Weidenmann (1916-2000), réalisateur, scénariste et producteur suisse, qui fut capturé par l’armée russe en 1945. En 1953, dès sa libération, il devint cinéaste et réalisa des films notamment « L’Amiral Canaris » (« Canaris », 1954), adaptation du drame de Carl Zuckmayer intitulée « Le Général du diable », qui traite de la psychologie des officiers sous le nazisme. Le film raconte l’histoire du Général Harras, qui incarne l’autre Allemagne, celle tombée entre les mains d’Hitler par inconscience politique. Le film montre les méthodes qu’employait la Gestapo mais également montre que la Wehrmacht (l’armée allemande) n’était pas une armée constituée que de criminels. Le film rencontra un franc succès après trois d’exploitation, 5 millions de spectateurs. Il est sortit dix ans après la proclamation en 1945 de la démilitarisation de l’Allemagne. Alfred Weidenmann apparaît comme le disciple le plus doué d’Henry Hathaway.

En 1957, Weidenmann réalise « L’Etoile de l’Afrique » (« Der Stern von Afrika »), film qui retrace la vie du pilote et as de l’aviation de la Luftwaffe, Hans-Joachim Marseille. Le scénario a été écrit par Herbert Reinecker, scénariste des feuilletons télévisés « Der Kommissar » (1969-1976) et « Derrick » (1974-1998), séries diffusées sur la chaîne de télévision Ouest-allemande, ZDF. Alfred Weidenmann est très connu pour avoir réalisé les épisodes des séries télévisées « Der Kommissar » et « Derrick » dans les années 70.

Falk Harnack (1913-1991) réalisateur qui faisait partie de la résistance allemande anti-nazie, réalise « Les Chiens sont lâchés » (« Unruhige Nacht », « Nuit inquiétante » en français, 1958). Le film (dont un des acteurs est Bernhard Wicki) raconte l’histoire d’un soldat allemand qui tombe amoureux d’une jeune femme ukrainienne. Le soldat sera tué par les Allemands. Le film se termine sur cette dernière phrase : « Après la guerre, nous devrons nous juger sévèrement ».

« Le Pont » (« Die Brücke », 1959) de Bernhard Wicki (1919-2000), réalisateur autrichien qui soulève la critique par la réactivation du choc que les Allemands ont reçu quatorze ans plus tôt. Le réalisateur anti-militariste met l’accent sur l’action et sur le culte du héros. Son intention était de montrer les conséquences d’une éducation militaire chauvine. En cela, il y parvient en montrant les horreurs de la guerre et les sentiments humains qui en découlent, ainsi que les conséquences de la propagande nazie. Bernhard Wicki est considéré comme un des pères du renouveau du cinéma Est-allemand au début des années soixante.

« Le Médecin de Stalingrad » (« Der Arzt von Stalingrad », 1958) de Geza Radvanyi, réalisateur, scénariste, producteur et écrivain hongrois, raconte les conditions des travailleurs dans les camps russes. Ces derniers sont les véritables victimes du dictateur et du système de domination. La relation vainqueur/vaincu reste toujours présente malgré tout.

Le médecin est le détenteur d’une autorité reconnue par tous car il aide les faibles. Dans le cinéma allemand, il existe deux genres de médecin : le médecin fou et celui qui possède une grande autorité. Dans les séries télévisées allemandes, le médecin apparaît comme étant un personnage récurrent très important. En 1958, l’Allemagne est en pleine reconstruction économique et cette dernière se fait ressentir dans « Le Médecin de Stalingrad », qui semble apporter une réponse dont la question était posée par Wolfgang Straudte : le destin l’emporte sur l’Histoire mais ce n’est surtout pas la faute d’une nation entière.

Le film de guerre est très peu représenté en Allemagne et tend plutôt à se transformer en film antimilitariste, film souvent produit indépendamment de la DEFA ou en République Fédérale Allemande, par des réalisateurs bien souvent étrangers (Autriche, Hongrie, Suisse).


A SUIVRE : Emergence d'un courant cinématographique : le Nouveau Cinéma Allemand (RFA)


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bucky balls 01/04/2014 14:24

I was very happy to read this article about Heimatfilm. I did not know what exactly the word meant until I read this post completely. It was really of great significant post that you have shared here and hope that you will be sharing more.

Phoebe 02/04/2014 15:07

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