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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Le cinéma japonais # 2

Publié par Phoebe sur 6 Juillet 2011, 16:07pm

Catégories : #Chroniques cinématographiques

Le kaijû-eiga

Le kaijû-eiga est un cinéma de films de monstres. Le terme signifie littéralement « bête étrange » ou « bête mystérieuse » et désigne généralement des créatures étranges, particulièrement des monstres géants.

La notion japonaise de monstre est différente de celle des Occidentaux. Un kaijû correspond à une force de la nature devant laquelle l’homme est impuissant et non pas une force du mal.

Les premiers Kaijû furent réalisés dans le courant des années 1950, dans un contexte post-apocalyptique qu’a été l’explosion de la bombe à Hiroshima. Ces films mettaient souvent en scène le pouvoir de destruction de masse ainsi que ces conséquences. La créature la plus connue reste Godzilla, bien que des monstres tels que Gamera, Mothra, Rodan, Guidorah, Ebirah et même King-Kong constituent également les principaux personnages de ce genre de films. Ishiro Honda est l’un des cinéastes les plus connus ayant réalisé une multitude de Kaijû-eiga.


GODZILLA

 

gojira 1954 japanese poster

Titre original : Gojira

Réalisation : Inoshiro Honda

Scénario : Takeo Murata d’après l’histoire originale de Shigeru Kayama

Genre : Kaijû-eiga (ou keija)

Pays : Japon

Année : 1954

Synopsis : A la suite de la disparition en pleine mer de navires japonais, sans raison apparente, Steve Martin, un journaliste américain, décide d’enquêter pour résoudre le mystère. Accompagné du docteur Yamani et de sa fille, il se rend sur l’île d’Oto où il découvre un monstre d’origine préhistorique réveillé par l’explosion de la bombe H. Dès lors, cette créature est baptisée Godzilla. Malgré l’intervention de la Marine, Godzilla s’avère être indestructible et se fait une joie de détruire la ville de Tôkyô. Un jeune chercheur inventera une formule qui asphyxiera le monstre.

Le film est considéré comme une réponse nippone aux films de science-fiction américains dont les techniques diffèrent mais les scénarios se ressemblent étrangement : sur les raisons de l’éveil des monstres, sur l’impuissance militaire évoquée, sur l’auteur qui entretient une relation affective avec le monstre qui possède non seulement une puissance guerrière ainsi qu’une capacité à devenir une victime, et sur le moyen de l’annihiler par l’utilisation d’une arme dont le puissance dépasse celle qui l’a fait revivre.

Dans le premier Godzilla, la hantise de la puissance atomique incontrôlée qui plane sur le Japon est palpable et attise la peur dans l’imaginaire populaire. Godzilla représente symboliquement la nature qui est opposée à la technologie et à l’abandon des valeurs simples. Pour le détruire, seule une arme dépassant la puissance de l’énergie nucléaire serait nécessaire. Créée par un jeune scientifique, cette arme serait capable de détruire toute vie sur Terre. Mais ayant retenu les leçons de l’Histoire, concernant les villes d’Hiroshima et de Nagasaki, le jeune chercheur gardera sa formule secrète uniquement pour annihiler le monstre géant, se refusant de la livrer aux autorités scientifiques et militaires qui pourraient s’en servir à mauvais escient. La mission du chercheur s’avère être une mission suicidaire, ce qui lui permettra d’emporter son secret dans la tombe.


« Le message apparaît limpide : dans une alternative comparable à celle des Américains lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon s’abstiendrait à employer une arme aussi destructive ».


Il existe, en tout et pour tout, vingt-deux films dont le sujet porte sur ce monstre typiquement japonais, évoquant les dragons d’anciennes légendes, qui ne crachent plus de feu mais des rayons radioactifs. La conception des monstres et des effets spéciaux semblent aussi obsolètes et dépassés, ce qui n’enlève rien à leur charme et les scénarios pourraient de nos jours, sembler un brin naïf et niais.

En 1998, Roland Emmerich réalisa un remake de Godzilla reprenant la même trame que le film d’Inoshiro Honda, à la différence que le monstre a trouvé un passage lui donnant le moyen d’évoluer dans l’océan Atlantique et que les effets spéciaux ont le mérite de rendre hommage à la créature mythique, qui, cette fois-ci attaque New-York. Le film apporte bien entendu une critique sur les essais nucléaires opérés dans les différents coins du globe, mais également une critique politique et médiatique. Mais c’est mettre de côté le fait qu’Hollywood se fout de l’idéologie, du moment que le film intéresse le marché et la rapporte rubis sur ongle, ma foi, on ne peut que se poser et contempler les prouesses de la technologie.

Aujourd’hui, la question des équipements nucléaires et des énergies renouvelables constituent des sujets d’actualité qui préoccupent les gouvernements du monde entier, entrainant bien souvent une controverse ainsi que des réactions diverses comme les récentes manifestations qui ont eu lieu en France et en Allemagne, remis au goût du jour suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon) déclenchée en mars 2011 par des catastrophes naturelles (tremblements de terre, tsunami).


Les monstres des films japonais

Les monstres japonais font partie de la création d’un imaginaire original aux spécificités bien particulières comportant une symbolique inaltérable.

Côté mythe et superstitions, le Japon est ancré dans un imaginaire traditionnel tout en évoquant un dragon géant aux instincts destructeurs. Dans l’inconscient collectif paysan, les gens utilisent le nom de Godzilla afin de personnifier les génies malfaisants. Au début, cette bête fabuleuse s’attaquait aux humains pour ensuite devenir un fervent défenseur de la planète.


« Figure emblématique, Godzilla représente tout aussi bien l’attaquant que le défenseur d’un monde dont la technologie engendre à la fois bienfaits et méfaits pour la civilisation ».


L’ambiguïté de sa nature le positionne en témoin et en juge des hommes ; nature partagée entre le dragon mythique (le mythe) et sa légitime appartenance à la faune terrestre (la réalité). En effet, Godzilla a été engendré à l’issu d’essais nucléaires pratiqués à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. A travers ce monstre, les différents films témoignent que le Japon vit encore sur le traumatisme des désastres nucléaires en 1945, considéré comme un danger universel, bien que les scénarios et les images ne permettent pas d’affirmer que ce soient des chefs-d’œuvre cinématographiques mais ils ont le mérite d’évoquer les ravages et les conséquences d’une période importante de l’histoire ayant marqué l’humanité.

Quels que soient les monstres évoqués, le point commun et le leitmotiv de tous ces films restent le nucléaire, la bombe A et ses conséquences néfastes. D’un point de vue beaucoup plus général, il apparaît que la faune subit des mutations génétiques et l’homme n’en est pas à l’abri. Des thèmes tels que l’écologie, la robotisation et les ovnis seront tardivement abordés.

Dans Rodan, il est question de ptérodactyles géants réveillés par des radiations atomiques, dans Matango, d’affreuses mutations sont la conséquence de l’explosion de la bombe A. Dans The H-Man, une horrible gelée qui dissout ses victimes, provient des corps de marins qui ont été liquéfiés à la suite d’expériences atomiques effectuées dans le Pacifique. Mothra, une chenille géante, est découverte sur une île proche d’un site où l’on procède à des essais nucléaires.

Le succès des monstres géants tient à la constante sado-masochiste qui caractérise le public japonais. L’archipel nippon étant situé sur une chaîne volcanique (à vérifier), les catastrophes naturelles telles que les séismes, les typhons, les tsunamis constituent une arme absolue engendrant une peur omniprésente.

La représentation des monstres géants au sein des films japonais constituait un exutoire simpliste et restaient populaires dans des périodes socialement e politiquement troublées. Au fil du temps, les scénarios prirent un recul humoristique voire burlesque quand les différents réalisateurs se sont aperçus que l’effet de peur et de surprise ne fonctionnait plus. Pour surenchérir les scripts, il suffisait d’imaginer des monstres plus méchants et plus complexes, parfois venus d’ailleurs, ce qui remettait Godzilla et son comparse Anguilas du côté des gentils défenseurs de la Terre contre des envahisseurs tels que Ghidrah, monstres volants à trois têtes, et Gigan, monstre d’origine extra-terrestre.

Perçu comme justicier et fervent défenseur du territoire nippon, Godzilla affronte King Kong et relance par la même occasion l’éternel propos manichéen, de la lutte du bien contre le mal.


Les réalisateurs

A partir de 1933, Inoshiro Honda devient technicien puis réalisateur d’un certain nombre de films d’aventures, puis réalise à partir de 1954, une longue série de films de science-fiction et devient par la même occasion le réalisateur fétiche de la Toho Films. Plus tard, il deviendra le collaborateur d’Akira Kurosawa.

Avant 1954, ses films restent inconnus car dans l’esprit du public, il est considéré comme le réalisateur de films de monstres, kaijû-eiga, qui alimenta le cinéma nippon pendant une vingtaine d’années.

Le succès de Godzilla auprès du public japonais s’explique sans doute par le fait qu’il représente la mauvaise conscience de l’homme. Godzilla définit un danger en évoquant les nombreux ravages provoqués par les bombes atomiques larguées sur le Japon.

Bien que le monstre ait des allures de Tyrannosaure tout droit sorti de la faune préhistorique, Godzilla incarne également le dragon mythique, celui qui détruit, punit ou venge. Dans l’imaginaire populaire, il connote toute une tradition folklorique issue de vieilles légendes. Godzilla exprime également la constante sado-masochiste du public mettant en avant la fascination pratiquement perverse à venir contempler au cinéma la catastrophe tant redoutée, qu’elle soit nucléaire ou naturelle, tout en restant dans l’univers confortable de la salle obscure.

Ne comptant plus de nombreux kaijû réalisés par Honda, les trames des scénarios s’épuisent mais ne se renouvellent pas, réduisant la narration à un éternel manichéisme simplifié en vue de viser le jeune public.

Jun Fukuda prendra la relève de Honda en transformant la saga Godzilla en films se rapprochant de l’animation, constitués de combats titanesques, dont les scénarios restent d’une naïveté effarante.


L’art atomique japonais

La photographe Leiko Ikemura et la réalisatrice Hitomi Kamaraka sont toutes deux des artistes qui ont souhaité exprimer leur opinion sur les catastrophes nucléaires. La première a organisé une exposition d’œuvres photographiques datant d’avant la catastrophe de Fukushima qui relatent néanmoins une période avant, pendant et après la catastrophe. La photographe refuse de tomber dans le sensationnel mais s’applique à retranscrire une réalité dramatique qu’elle trouve poétique (par le biais de photographies de poissons morts par exemple).

Hitomi Kamaraka a réalisé un film documentaire (avant la sur les essais nucléaires sur les îles nippones près d’Hiroshima et est considérée comme une militante anti-nucléaire et met le doigt là où ça fait mal. Elle fait également partie d’un groupe d’opposant au nucléaire dont ce dernier a été diabolisé par les médias officiels en étant taxé de communistes et d’individus déviants.

Leiko Ikemura, qui a reçu des témoignages de sympathie ainsi que des signes d’intérêt, évoque le devoir moral de l’artiste. Pour elle, elle estime que ne rien faire est contraire à une certaine éthique artistique.

Le combat continue et je me permets de saluer les actions de ces artistes du monde entier qui luttent pour leurs idées et une certaine éthique en vue de la préservation de l’humanité et de la planète. Hitomi Kamaraka raconte que le problème n’est plus un problème localisé mais que c’est une affaire qui concerne le monde entier.

A découvrir…


A suivre : Le fantastique et l’horreur dans le cinéma japonais

 

Sources :

Arte journal du 28 juin 2011

Ze Craignos Monsters, le cinéma-bis du nanar au chef-d’oeuvre ~ Jean-Pierre Putters ~ 1991

Dictionnaire mondial du cinéma ~ Bernard Rapp & Jean-Claude Lamy ~ 2000

Le cinéma fantastique en 1998 ~ Alain Pelosato ~ 1999


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