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Le blog de Phoebe

Le blog de Phoebe

Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Tueurs-nés

Publié par Phoebe sur 20 Septembre 2010, 10:48am

Catégories : #Chroniques cinématographiques

tueurs nes 07 tueurs

 

Réalisation : Oliver Stone

Titre original : Natural Born Killers

Genre : Thriller

Pays : USA

Année : 1994

Synopsis : Tueurs-Nés ou la sanglante et hilarante épopée de Mickey et Mallory knox, deux "serial killers" fous d’amour et de violence, qui semèrent la panique dans le sud profond, tinrent en échec de centaines de policiers et d’agents fédéraux , affolèrent les médias, firent trembler et vibrer l’Amérique entière, tuèrent cinquante deux personnes et devinrent, l’espace de quelques semaines, les plus grand héros de leur génération. Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, nul ne comprit jamais quel démon les possédait. Ce film est leur histoire…

Theodore Roethke (poète américain, 1908-1963) : "C’est dans les âges obscurs que l’œil commence à voir".

Fait divers réel : deux hommes se battent, s’agit-il d’un combat de catch ? Pas du tout. Allongés tous deux à terre, ils se balancent des coups en s’insultant, ne se souciant guère de se qu’il se passe autour d’eux ; les passants ne daignant même pas s’arrêter pour observer le "spectacle". Près d’eux, un enfant qui encourage son père…

L’instinct primaire à son état brut. Un accès de violence comme on en voit tous les jours et il semblerait que plus l’homme avance dans le temps, moins il arrive à communiquer d’une façon dite "civilisée". Dans une société où le pouvoir se mélange à celui de l’argent, la loi du plus fort ; pour diverses raisons, il se bat parce qu’il est fier, pour son honneur, ou tout simplement parce qu’il ne trouve plus les mots et en vient à "parler" avec les poings, prouvant son incapacité à éviter le pire…

Notes de production

A en croire certains clichés tenaces, l’Amérique serait malade de sa violence, et ses honnêtes citoyens révulsés par un déferlement quotidien de crimes en tous genres. Pourtant…

Du 17 février au 27 mai 1994, la télévision américaine a diffusé quarante cinq émissions sur des meurtres, interviewé plusieurs tueurs en série et enquêté longuement sur leurs victimes. Beaucoup de journalistes se sont spécialisés dans les reportages chocs qui ne cessent de faire augmenter l’audimat : interroger les serials killers les plus célèbres, filmer une exécution capitale, sans compter la diffusion d’une multitude de téléfilms, documentaires et autres reconstitutions policières inspirés d’histoire vraies. Les tueurs règnent désormais sur le petit écran…

Oliver Stone : "Des statistiques dignes de foi indiquent que le crime n’a pas augmenté depuis les années soixante dix. Mais son traitement médiatique, il a pris des formes et une ampleur nouvelle. Le crime et la violence sont devenus des sujets vendeurs, que les chaînes de télévision s’arrachent. Dès le matin, on vous livre à chaud les images du dernier meurtre en date, vous voyez les cadavres qu’on emmène à la morgue, les ambulances, les voitures de police, etc. Et cela se répète d’heure en heure".

L’insécurité est le sujet (préféré) et récurrent des hommes politiques qui ne cessent de dénoncer le crime et s’appliquent à entretenir ce sentiment de terreur à leurs concitoyens. Au Etats-Unis, comme dans la plupart des pays occidentaux, les gens ont suivi, fascinés, la cavale télévisée d’O. J. Simpson et acclament l’ancienne gloire du football américain soupçonnée d’avoir assassiné sa femme et l’hypothétique amant  de cette dernière.

La violence serait-elle devenue le spectacle le plus séduisant des temps modernes ?

Portraits de tueurs

De nombreux films ont tenté d’analyser les racines du comportement criminel, la pathologie des meurtriers et des tueurs en série. Des films de gangsters en passant par le film noir, d’Hitchcock à Martin Scorsese en passant par Stanley Kubrick, la psychologie de la violence n’a jamais cessé de fasciner les cinéastes.

En écrivant et en réalisant Tueurs Nés, Oliver Stone souhaitait explorer la mentalité d’un couple de jeunes tueurs parmi les plus violents jamais vus à l’écran et mettre en scène le cirque médiatique et la fascination collective suscités par leurs sanglants exploits. Livrer la chronique de deux amants en cavale, pénétrer leurs rêves et leurs visions, traquer leurs démons, et parallèlement faire la satire de l’exploitation mercantile de leurs crimes. Montrer comment deux "âmes perdues", deux enfants de la violence deviennent des "serial killers", autant haïs qu'adulés ; prendre à parti le spectateur, le pousser à s’interroger sur ses propres réactions, ses propres émotions face au comportement criminel et sa mystification.

Oliver Stone :"Dans Tueurs nés, la violence n’est pas traitée sur le mode réaliste, mais sous une forme excessive, quasi burlesque. J’avais montré dans Platoon ou Né un quatre juillet, les effets d’une balle ; c’était obscène, choquant, dégoûtant. Mais ce film ne prétend pas être le portrait documenté de deux tueurs en série. Cela a été fait, et fort bien fait, dans plusieurs films, dont Henry, Portrait of a Serial Killer (John McNaughton, 1986). Il n’était pas nécessaire d’y revenir.

Je voulais davantage parler de "l’idée" de violence, décrire l’environnement dans lequel s’inscrivent de tels événements. Montrer aux gens qu’ils font partie de ce paysage, et que la télévision ne fait rien d’autre que de leur renvoyer leur propre image. Je pense qu’il n’y a pas un seul plan répugnant dans ce film. Le montage est très rapide, c’est un film nerveux dont le style me paraît réellement nouveau".

Pour réaliser ce film, Oliver Stone n’a pas hésité à utiliser plusieurs formes narratives, changeant brusquement de registre et de point de vue à l’intérieur de chaque scène, multipliant les plans en caméra portée et les cadrages chocs, introduisant des passages en noir et blanc ou en vidéo, des séquences animées, des transparences, des projections, des incrustations. Plusieurs séquences sont tournées à la manière des reality-shows télévisés, afin de rappeler les techniques manipulatrices du petit écran qui font de chaque fait divers criminel un spectacle de masse, les intrusions dans la vie privée de victimes en détresse alternant avec les propos absurdement solennels d’interviewers-psycho-sociologues improvisés.

Une vision terrifiante de la société

En voulant bousculer les conventions narratives, Oliver Stone recherche à alerter, choquer, désorienter et informer. Tendre au spectateur un miroir, refléter les excès d’une société déchirée par d’insolubles contradictions. A la fois satire et épopée amoureuse, le film brouille délibérément les frontières entre la réalité et l’émotion. Sa trame visuelle, dense, complexe, oblige le spectateur à une vigilance extrême. La bande sonore et la musique illustrent les scènes de violence, leur donnant la fluidité et la beauté troublante d’un spectacle dansé.

Selon Oliver Stone, le sujet du film semblait au départ surréaliste. De nos jours, des meurtriers et des serials killers, propulsés sous les projecteurs, retiennent l’attention des citoyens avec des histoires violentes où il est question de vengeance et de narcissisme obsessionnel. Après avoir été mitraillé de une de journaux relatant ce genre de faits divers, pour lui, le siècle de l’Amérique semblait s’achever sur "l’Ere de l’Absurde".

Dans la tragédie épique américaine (Jack London, Ernest Hemingway), la violence est salutaire car elle participe à un instinct naturel de survie aujourd’hui perverti par les spectacles familiaux "politiquement corrects" qui s’emploient à nous convaincre que la violence, ce n’est pas bien.

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En réalisant Tueurs Nés, Oliver Stone n’a jamais voulu dépeindre la violence de façon naturaliste, des films tels que Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992) ou Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994) l’ont déjà fait. Il reconnaît que le crime est une composante incontournable de notre environnement. Influencé par des films comme Orange mécanique (Stanley Kubrick, 1971), le réalisateur a tout d’abord cherché à donner une vision satirique d’une pénible évidence : à savoir que le crime est devenu si fou, si excessif, si abrutissant et si anesthésique que le panorama criminel à la Beavis & Butt-Head de l’Amérique des années 90 présenté dans son film en arrive à offrir des aspects cocasses, à l’instar des médias qui en rendent compte avec tant de zèle.

Notre société est saturée, non seulement par les crimes, mais par leur couverture médiatique ; saturée aussi par cette folie consistant à vendre de plus en plus d’armes au reste du monde, à construire de plus en plus de prisons pour abriter l’infra-société criminelle dans une fièvre vengeresse menant à des sentences inouïes ou à des lois anti-drogue particulièrement hypocrites.

Policiers, gardiens, établissements pénitentiaires, journalistes font partie d’un immense réseau de châtiment cruellement totalitaire. C’est dans ce contexte, que les principaux protagonistes du film deviennent des anti-héros émergeant d’un système répressif anonyme et finissent par captiver l’attention d’un public en quête de visages humains.

Il est clair que les personnages de Mickey et Mallory ne respectent rien et ne connaissent pas de remords. Ils apparaissent ainsi comme les caricatures des pires cauchemars. Issus de la violence, cette dernière est montrée comme un héritage générationnel indiquant qu’elle peut éventuellement être éternelle. Le 20ème siècle se distingue par son côté vicieux, anonyme et par son goût du génocide.

Dans ce film interdit aux moins de seize ans à sa sortie en France et dont la vidéo fut un temps retirée du marché, le montage est serré et le rythme exprime une dynamique mais aucune scène n’a été conçue dans le but de choquer. Mais si choc il y a eu, il se devait d’être idéologique : pour être efficace, la satire se doit de provoquer un choc.

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Les idées marginales ou subversives ont toujours troublé les contemporains. Des réalisateurs tels que Tarantino ou Kubrick ont su outrepasser la représentation de la violence. Des années auparavant, Buñuel, Dali et Eisenstein n’ont pas hésité, à leur époque, à choquer l’opinion publique.

Pour Oliver Stone, tout est question de style. Les Grecs ont été les premiers à recourir aux effusions de sang et aux yeux énucléés et c’est en connaissance de cause que l’art ne doit pas faire de distinction entre les sujets. Eliminer certains thèmes sous prétexte qu’ils ne seraient pas politiquement corrects, conduit inexorablement à une perte des libertés fondamentales.

La télé réalité a envahi nos écrans

Véritable miroir de la vie mise en scène ; peut être représentatif d’une société en mal de sensations fortes, la tv réalité joue sur le voyeurisme des téléspectateurs afin d’inciter et d’activer leur curiosité, poussée à son paroxysme ; telle une addiction visuelle…

Octavio Paz (poète et essayiste mexicain, 1914-1998) : "Les Anciens avaient des visions ; nous avons la télévision. Mais la civilisation du spectacle est sans pitié. Les spectateurs n’ont pas de mémoire, donc pas de remords ni de véritable conscience… Ils oublient vite et ne réagissent pas plus aux scènes de mort et de destruction qu’aux émissions de variétés abrutissantes. Ils attendent le Grand Bâillement anonyme et universel, annonciateur de l’Apocalyspe et du Jugement Dernier de la société du spectacle. Nous sommes condamnés à cette nouvelle version de l’Enfer : un perpétuel face à face entre ceux qui ont les honneurs de l’écran et ceux qui les regardent. Y a-t-il une issue ? Je l’ignore, mais il faut la chercher".

Selon la mentalité américaine, les palmes ne vont jamais à ceux qui le méritent mais à ceux qui savent défrayer la chronique et il apparaît plus important de faire parler de soi que de réusssir dans ses études. Dans la tragédie, seuls les Grecs ont su élever les victimes au rang de héros. A notre époque, il n’y a plus d’Electre, de Médée, d’Antigone et d’Œdipe ; l’être humain semble être de la race de prédateurs qui impose sa loi à autrui.

Il n’existe aucune loi nationale, aucune censure télévisuelle ou cinématographique qui empêche les réalités virtuelles créées par les médias d’investir nos vies. Avec les jeux vidéo, les simulateurs, les consoles interactives, la prolifération des journaux télévisés et des émissions basées sur la réalité saisie en direct, seconde par seconde, il est inévitable que la représentation de la violence devienne de plus en plus réaliste. Alors que la télévision traditionnelle et un certain cinéma édulcorent la violence, les nouveaux spectacles remportent tous les suffrages avec leur couverture intégrale des affaires de meurtres et de mœurs.

Oliver Stone ironise un rien en disant que la télévision américaine possédera une nouvelle chaîne intitulée Execution Channel où le téléspectateur aura possibilité d’assister aux exécutions en chambre à gaz ou par injection létale, à la veille du jour fatal ou de pouvoir regarder des crimes reconstitués dans les moindres détails grâce aux progrès techniques.

Selon le Département de Communications de l’Université de Fordham, les policiers des réality-shows télévisuels ont un taux de réussite de 62%, les statistiques du FBI indiquent que 18% seulement des affaires criminelles sont élucidées.

Les scénarios de ces émissions montrent généralement le rétablissement de la justice par l’emploi de la force, alors que les dossiers judiciaires s’entassent dans les bureaux des magistrats, signifiant ainsi qu’un comportement agressif des policiers envers les suspects est nécessaire lorsqu’il s’agit de protéger les honnêtes citoyens contre les minorités dangereuses. Le spectateur éprouverait par procuration, un sentiment de puissance. Lorsque que la police fait irruption dans une maison, l’air de dire "nous sommes du côté du pouvoir sanctionné par l’Etat", jette à terre les occupants et maîtrise les suspects, ce spectacle semblerait provoquer une grande excitation du côté du spectateur lambda.

Source : Revue de presse Tueurs-Nés – Marquita Doassans, Carole Chomand et Corinne Licoppe pour Warner Bros Transatlantic inc.


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