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Le blog de Phoebe

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Une autre manière de traiter, de décrypter et de comprendre ce que l’on nous donne à voir, à écouter, à lire…


Contes & Récits des Arts Martiaux de Chine et du Japon # 2

Publié par Phoebe sur 6 Août 2012, 13:44pm

Catégories : #Chroniques martiales

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Le Budo et les Bujutsu

Les armes utilisées sont variées dans les Arts Martiaux chinois (sabre, épée, lance, bâton, fléau, etc). Dans l’enseignement, l’arme est considérée comme un prolongement du corps et donc un excellent moyen de s’en rendre maître, tout comme le sabre du samouraï au Japon.

De nombreuses histoires relatent des rencontres entre des vieux maîtres et des samouraïs ou experts en sabre, où l’utilisation des armes n’est que secondaire, ces dernières ne sont considérées que comme des extensions du corps, ainsi, un sabre devient un prolongement d’un bras, d’une main. Les histoires deviennent vraiment extraordinaires, quand l’enseignement lié à l’entraînement, sont souvent mis en évidence par l'exécution d’autres tâches, que l’on pourrait considérer comme simples ou insignifiantes, voire inutiles à l’apprentissage du maniement d'une arme. Ces récits, aussi étonnants qu'il puissent paraître, ne racontent pas forcément un combat particulier ou un haut fait extraordinaire.


L’homme pressé

Dans l’histoire « Un enseignement accéléré », Matajuro Yagyu, devenu depuis un célèbre maître du sabre, avait été renié par son père qui trouvait son art du sabre médiocre. Afin de se perfectionner dans son art, Yagyu décida de rencontrer Maître Banzo, par delà le mont Futara.

Ce dernier confirmant l’avis du père de Yagyu, lui-même pressé d’en apprendre davantage sur l’art de manier le sabre. Le vieux maître lui répondit que l’apprentissage nécessitera une vie entière. Mais Yagyu, désirant prouver à son père qu’il pouvait faire évoluer son art, était vraiment prêt à travailler très dur, s’il pouvait apprendre à manier son arme rapidement.

Les multiples réponses données par le maître devenaient incompréhensibles car plus Yagyu montrait sa motivation et sa détermination et plus le maître lui disait qu’il lui faudrait encore plus de temps pour apprendre. Et Maître Banzo de répondre : « Vous aurez à rester soixante dix ans auprès de moi car un homme aussi pressé que vous d’obtenir des résultats n’apprend guère rapidement ».

Alors, Yagyu accepta de devenir le serviteur du maître sans jamais parler ni d’escrime, ni toucher un sabre. Il s’appliquait, tout en se plaignant, à servir correctement son maître lorsque celui-ci l’attaqua par surprise avec son bokken. De jour comme de nuit, le maître continua à attaquer Yagyu toujours d’une façon inattendue, ce qui l’obligea à redoubler de vigilance, à rester sur ses gardes et à garder un esprit éveillé. Yagyu appris rapidement, grâce à sa concentration ainsi qu’à sa rapidité, doublés d’un sixième sens, à éviter les redoutables attaques du maître. Au bout de dix années, le maître lui déclara qu’il n’avait plus rien à lui apprendre.


L’harmonie des mouvements, la beauté gestuelle

Les Arts Martiaux ont souvent été comparés à des danses viriles ou à des cérémonies sacrées.

En Kenjutsu, lors des katas effectués à deux, le kata se transforme en une chorégraphie réglée au millimètre près. Cette harmonie se ressent lorsque les deux adversaires sont concentrés et que leur ki est en action.

Le Kendo diffère du Kenjutsu et requiert des qualités différentes, car dans le Kendo, les adversaires qui portent des armures se donnent des coups réels.

Le Kenjutsu qui est l'ancêtre du Kendo, semble être un art plus raffiné, bien que certains adversaires aiment à démontrer leur force physique, alors qu’il ne semble pas falloir fournir une énergie extrême pour être efficace.

Dans l’art du sabre, les coups ne sont pas portés réellement, les adversaires se doivent d’arrêter les coups car ils ne sont dotés d’aucune protection mais l’intention de frapper, de trancher, de piquer ou de parer doit être vraie et une partie du travail des katas se situe dans le regard, dans l’intention de porter le coup, tout en se concentrant sur l’adversaire, ce qui nous fait percevoir le ki de ce dernier. Voilà pourquoi, lors des « keiko » (entraînements en japonais) où l’on doit exécuter seul les katas, on se doit toujours d’imaginer un adversaire en face de soi.

Le hasard n’y est pour rien, tout est question de technique, de tactique et de maîtrise du ki. La recherche technique effectuée depuis la nuit des temps par les Maîtres japonais, a toujours reposé sur des principes de complémentarité qui régissent l’Univers.


« Le jeu des forces actives (Yang) et passives (Yin) est mis en pratique avec une précision extraordinaire dans les mouvements d’attaque et de défense de façon à neutraliser l’adversaire avec le minimum d’efforts et le maximum d’efficacité. De là, découle presque naturellement une stupéfiante harmonie du geste ».


La Voie de la tactique et de la stratégie de Miyamoto Musashi préconise des techniques très simplifiées de combat au sabre mais également de l’utilisation d’un second sabre afin d’être le plus efficace possible. Le but n’est pas forcément de posséder une grande force physique mais plutôt un esprit d’endurance et de fin stratège afin de durer le plus longtemps possible face à plusieurs adversaires ou sur un champ de bataille, bataille qui pouvait durer des jours entiers en temps de guerre.

Les katas incarnent le souffle du Budo et sont des enchaînements de mouvements prédéterminés et très codés. Ces katas servent avant tout à assimiler les techniques et à apprendre à les utiliser lors d’un hypothétique duel. Lors d’un combat, le but n’est pas forcément de dégainer dès la première attaque, mais de savoir observer l’adversaire tout en portant attention à son ki.

Quand ils sont correctement exécutés, on attribue également aux katas des effets bénéfiques, concernant la coordination des mouvements, ainsi que le travail fait sur la concentration et le ki. Par conséquent, lorsque l’on s’entraîne régulièrement, on s’aperçoit que les tâches que l’on réalise quotidiennement sont plus vite exécutées. Une fois que l’esprit de concentration apparaît et présente une volonté, une détermination, alors, le ki s’organise et l’on ressent comme une force qui pourrait, si elle est utilisée à bon escient, « nous faire soulever des montagnes ».

Les katas servent à la transmission d'une multitude de techniques et tactiques de combat, et symbolisent aussi le spirituel, car les katas sont porteurs de messages codés qui se situent à plusieurs niveaux. Leurs secrets ne peuvent être révélés qu’après plusieurs années, si ce n’est une vie, de pratique intensive.

Les katas contemporains sont d’origine très ancienne. Ils ont été créés par des maîtres, guerriers et moines, afin qu’ils puissent servir de testament auprès des futurs disciples, " dans l’espoir que la forme ne soit jamais coupée du cœur et que les Bujutsu continuent de servir la Voie ".


Les Bujutsu armés

Contrairement à une idée reçue, les Arts de combat japonais ne furent pas exclusivement pratiqués par les « bushi » et les samouraïs. Les hommes du peuple et surtout les moines devinrent eux aussi des pratiquants expérimentés, parfois même des Maîtres.

Le Kenjutsu, l’escrime nippone constituait l’entraînement de base du samouraï. Le sabre fut « le garde du corps » du guerrier qui ne s’en séparait jamais. Où qu’il aille, où qu’il se trouve et quelle que soit son occupation, le samouraï devait être prêt à dégainer pour sauver sa vie, surtout à une époque féodale où les guerres claniques étaient monnaie courante.


« Quand l’aigle attaque, il plonge sans étendre ses ailes. Quand le tigre est sur le point de bondir sur sa proie, il rampe, les oreilles rabattues. De même, quand un sage est sur le point d’agir, nul ne peut le deviner ». Funakoshi Gishin


Les techniques mises au point par Miyamoto Musashi sont des katas basés sur un Kenjutsu où il est indispensable de conserver une endurance. Le guerrier nippon perfectionna l’Iaïdo, la Voie de l’art de dégainer et de pourfendre l’adversaire en un seul et unique coup. Le sabre constitue l’arme du guerrier par excellence, il tient une place d’honneur dans de nombreuses cérémonies religieuses au Japon.

Des prêtes shintoïstes des sanctuaires Kashima et Katori, consacrés à la pratique des Arts Martiaux, ont fondé des écoles d’escrime réputées.

Il ne faut pas confondre le Bushido, qui est la Voie du guerrier et le Budo, qui est celle des Arts Martiaux.

L’une des plus vieilles maximes du Bushido dit du sabre « qu’il constitue l’âme du samouraï ». Le sabre est un symbole de virilité, de loyauté et de courage. En plus d’être une arme redoutable, le sabre constitue un symbole philosophique. Considéré comme une arme possédant des pouvoirs magiques, le sabre peut être soit maléfique soit bénéfique, selon la personnalité du forgeron et du propriétaire.

Dans « Sword of Doom » de Kahachi Okatomo, le personnage principal est un rônin, un guerrier sans maître, dépourvu de scrupules, cruels et sans pitié. Par ailleurs, on retrouve au sein du film l’aspect symbolique du sabre au sein de la citation suivante : « Imbécile, le sabre est l’âme. L’étude du sabre, c’est l’étude de l’âme. Ame perverse, sabre pervers ».

Dans " Kill Bill Volume 1 ", le réalisateur utilise le nom d’un célèbre ninja japonais ayant vécu durant le 16ème siècle, Hattori Hanzô, pour en faire le personnage du fameux forgeron dont les lames qu’ils fabriquent sont redoutablement mortelles. La narration du film indique qu’Hattori Hanzô avait cessé de fabriquer des sabres, quand qu’il s’était rendu compte que les gens s’en servaient d’une façon maléfique. S’il a décidé de se remettre à fabriquer un sabre pour Black Mamba, le personnage central du film, c’est parce qu’il a deviné que c’était pour sauver une vie, celle de sa fille, et non pour donner la mort. D’ailleurs, Black Mamba répondra à la question qu’Hattori Hanzô lui pose : « Pourquoi voulez-vous que je vous fabrique un sabre ? – Réponse de l’héroïne : « J’ai de la vermine à éliminer ».

Les anciens Japonais conçoivent la fabrication d’un sabre comme un acte sacré, tel un travail d’alchimiste " où l’harmonie du forgeron est plus importante que ses capacités techniques ".


Tel armurier, telle arme

Masamune Okazaki, célèbre forgeron, ayant fabriqué des sabres entre 1288 et 1328 vivait dans la province de Sagami (actuelle préfecture de Kanagawa, située au centre-est de l’île d’Honshû) et Murasama Sengo, forgeron également très connu, étaient d’habiles armuriers, qui fabriquaient tous deux des sabres de très grandes qualités.

Murasama qui possédait un caractère violent, taciturne et inquiétant, avait la réputation de fabriquer des sabres aux lames redoutables qui poussaient leurs propriétaires à de sanglants combats, tant et si bien que ses lames furent considérées comme étant maléfiques.

A contrario, Masamune était un forgeron qui possédait une grande sérénité et se livrait au rituel de purification pour forger ses lames. Et aujourd’hui encore, les lames signées Masamune sont considérées comme les meilleures du Japon.

La légende raconte que l’homme qui voulait tester la qualité du travail de chaque armurier devait procéder ainsi :

 

« Placer un sabre de Murasama dans un cours d’eau et chaque feuille qui dérive à la surface et qui touche la lame est systématiquement coupée en deux. Placer un sabre de Masamune dans ce même cours d’eau et les feuilles semblent éviter la lame, comme si cette dernière voulait les éviter. Le verdict de l’homme fut sans appel : « La Marasama est terrible, la Masamune est humaine ».

 

A SUIVRE : Les Bujutsu armés : le tessen (éventail de guerre), le kyu-jutsu (tir à l’arc), le naginata-jutsu (faux de guerre)


Sources :

Contes & Récits des Arts Martiaux de Chine et du Japon - Pascal Faulot, préface de Michel Random

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Chroniques cinématographiques

Présentation et analyse du film « Sword of Doom » (Le Sabre du Mal), film réalisé par Kahachi Okatomo, in Le cinéma japonais # 1.

Kill Bill Volume 1 - Quentin Tarantino - 2003 - USA

Ghost Dog, Le Voie du samouraï - Jim Jarmush - 1999 - USA

Chroniques martiales

Histoires de samouraïs # 2 : le katana : arme redoutable et objet d’art


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